François Hollande réaliste mais pas résigné à la veille de Rio+20

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Accompagné de ses ministres de l'Ecologie et du Développement, le président a tenu à ouvrir en personne le forum organisé ce vendredi 8 juin par le Club France Rio+20, qui réunit de nombreux acteurs de la société civile impliqués dans la préparation du sommet qui se tiendra au Brésil du 20 au 22 juin. François Hollande y a réaffirmé le rôle de la France dans ces sommets internationaux et rappelé ses projets nationaux en matière d'énergie et d'environnement.

« Les conditions de réussite de ce sommet ne sont pas aujourd'hui réunies » (...), « il existe un risque d'échec ». Venu en personne introduire le Forum de lancement du sommet Rio+20 aux côtés de sa ministre de l'Ecologie, du développement durable et de l'Energie, Nicole Bricq, et de son ministre du développement, Pascal Canfin, François Hollande, l'un des rares chefs d'état européens avec Vladimir Poutine qui sera présent à Rio, a fait preuve d'un optimisme mesuré.

Il est vrai que les signaux sont loin d'être tous au vert concernant l'issue de ce sommet pour le développement durable, qui intervient 20 ans après le premier Sommet de la Terre à Rio en 1992. A l'époque, trois conventions cadres avaient été signées, sur le climat, la biodiversité et la désertification. 20 ans plus tard, la situation de la planète n'a cessé de se dégrader, comme l'illustrent les nombreux rapports publiés ces derniers jours.

Nicolas Hulot redoute « des engagements mous »

Nicolas Hulot, l'une des quelque cinquante personnalités réunies ce 8 juin à l'initiative du Club France Rio+20, ne mâche pas ses mots. « A Rio, l'humanité joue son avenir », a-t-il martelé. « En 20 ans, nous sommes passés de l'indifférence à l'impuissance. » L'auteur du pacte écologique de 2006 dont s'était inspiré le Grenelle de l'Environnement n'ira donc pas à Rio, et préfère que le sommet « débouche sur un crash diplomatique » que sur « des engagements mous ». C'est pourtant précisément ce qui se dessine.

François Hollande lui-même évoque des risques « de paroles prononcées qui ne se retrouveront pas dans des actes, le risque de la division entre pays développés, pays émergents, pays pauvres, le risque de l'échec parce qu'il peut y avoir d'autres urgences. » Il a notamment évoqué la crise économique et financière ou encore le conflit en Syrie, tout en insistant : « l'urgence majeure, c'est l'environnement ».

En France, des règles stables pour les acteurs de la transition écologique

Dans le même temps, il appelle à « une prise de conscience » et « un sursaut ». Et se fixe trois objectifs prioritaires : « un accès plus universel aux énergies renouvelables, la sécurité alimentaire et un soutien à l'économie verte sous toutes ses formes, y compris l'économie sociale et solidaire. » François Hollande a également rappelé la nécessité de définir de nouveaux indicateurs, plus pertinents que le PIB « y compris sur des sujets tels que la création d'emploi ou le pouvoir d'achat », et de nouveaux modes de financement innovants.

Précisant que la France entendait jouer pleinement son rôle sans se prétendre « ni éclaireur, ni moralisateur », le président de la République en a profité pour rappeler les atouts de la France pour réussir sa transition écologique et les projets de son gouvernement. Véhicule électrique, urbanisme de demain, gestion de l'eau, transports publics...autant de secteurs sur lesquels la France est en pointe.

Confirmant la prochaine ouverture d'une « conférence environnementale française » sur le même modèle que la conférence sociale, François Hollande a assuré que les acteurs de transition vers une économique bas carbone bénéficieraient de règles stables ; ces entreprises seront soutenues durablement, notamment grâce à une mobilisation de l'épargne réglementée, qui atteint en France un niveau élevé.

Un nouveau statut pour la société civile

La ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Nicole Bricq, a également précisé les ambitions françaises à Rio, dont la création d'une Organisation mondiale de l'environnement dotée de moyens et de pouvoirs plus importants que l'actuel PNUE, au même titre que l'organisation mondiale du commerce (OMC) et l'Organisation internationale du travail (OIT), ou encore le lancement de négociations sur les objectifs de développement durable qui doivent prendre le relais des objectif du millénaire qui viennent à échéance en 2015. L'eau, l'énergie et les océans figurent parmi les sujets prioritaires.

La ministre, qui participera aux journées dédiées aux acteurs non étatiques en amont du Sommet, a insisté sur la nécessité d'octroyer un nouveau statut aux acteurs de la société civile et collectivités territoriales, assorti d'un droit d'accès à l'information, et de la possibilité d'intervenir et de proposer des amendements aux textes.

Les Français préoccupés et frustrés

Justement, un sondage Opinion Way commandé par le Club Rio+20 révèle que les Français, qui n'ont qu'une connaissance limitée de Rio+20, expriment en revanche massivement leur souhait de pouvoir participer au débat sur la transition écologique. 70 % ont entendu parler du Sommet de Rio de 1992 mais seulement 17 % de Rio+20, et 17 % pensent que ce type de sommets peut être utile. Préoccupés par les risques sur la santé ou le réchauffement climatique, les Français aimeraient pouvoir contribuer au débat via Internet, et sont 78 % à estimer que la société civile est insuffisamment impliquée.

 



 

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a écrit le 10/06/2012 à 18:03 :
L?Humanité doit sortir de Rio avec un compromis fort pour ne pas continuer sur ce chemin jalonné de changements climatiques irréversibles. Il y a une nécessité d'outils de gouvernance à l?échelle mondiale. Une organisation mondiale de l'environnement pourrait imposer l?ordre nécessaire pour mettre au pas les destructeurs de cette planète. Les changements climatiques se feront du vivant de plusieurs des décideurs qui seront présents au G20. Dans trente ans d?ici, alors que la planète sera ravagée par d?importants bouleversements climatiques, les juristes et législateurs tourneront leurs yeux vers ce qui s?est passé en 2012. Refuser de s?engager dans des comportements qui amoindrissent les changements climatiques pourrait être considéré comme un crime contre l?humanité. Ceux que l?on voit puissants et protégeant les intérêts d?une minorité alors qu?ils savent que des continents entiers seront ravagés suite à leur décision pourraient devoir faire face à la justice internationale. Les chefs charismatiques d?aujourd?hui pourraient devenir des prisonniers honnis qui finiront leur vie dans des cellules tapissées des millions de noms de leurs victimes. Si ce n?est pour sauver d?autres humains, les décideurs de cette planète devraient prendre les bonnes décisions pour sauver leur propre peau.
a écrit le 10/06/2012 à 10:54 :
si on regarde le passé, on a eu des changements climatique, cependant il est vrai que l'homme pollue notre planète mais ce n'est pas en quelques années que l'on va régler la situation. Pour cela il faudrait empêcher nos véhicules de rouler et trouver un système non polluant. Aujourd'hui il existe la voiture électrique mais pour cela il faut nos centrales nucléaire car je ne vous explique pas la consommation en électricité et nos usines qui polluent ... Enfin bref, ce n'est pas pour demain
a écrit le 09/06/2012 à 7:57 :
a part vouloir instaurer de nouvelles taxes c'est quoi l'écologie ? quand les glaciers ont fondu c'était déjà un réchauffement climatique et heureusement pour nous donc est ce si mauvais que le temps change ? la nature s'est toujours bien arrangée toute seule et si on la laissait faire les hommes et leurs grandes idées ne font que des bétises; en plus dans une nation en ruine, combien ça coute ce genre de sommet pour ne rien dire ?
Réponse de le 11/06/2012 à 0:47 :
Le C02, entre autres gaz à effet de serre, est produit à raison de 30 à 40 milliards de tonnes par an et s'accumule ainsi à marche forcée depuis plus de 150 ans, l'atmosphère étant fermée. A chaque fois qu'il y a eu émissions élevées de gaz à effet de serre sur la planète (liées alors à d'autres causes, volcans, météorites etc) il y a eu extinctions massives d'espèces. Actuellement on va vers une acidification des océans à cause de cet excès de C02 qui n'est pas absorbé puisqu'à l'inverse on déforeste l'équivalent d'un pays comme l'Autriche chaque année. De plus les énergies fossiles vont commencer à manquer puisque pour le pétrole le pic de production a été atteint et la baisse va commencer dès 2013 environ. Le coût d'investissement dans l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables semble élevé, et pourtant il est modeste par rapport au fait de ne rien faire et d'attendre que le pétrole monte ou ques la faune et la flore océanique et terrestre soient touchées plus fortement encore. C'est un processus assez lent pour une génération mais pas sur 3. Il a déjà amplement démarré et il est plus que souhaitable d'agir continuellement et de garder le cap quelles que soient les périodes puisque la crise actuelle sera suivie par d'autres plus sévères encore du fait de la surpopulation et de la diminution des ressources. Ces sommets seraient plus efficaces si les lobbies ne cherchaient pas en permanence à les torpiller et c'est donc à chacun d'agir à son niveau et de ne pas baisser la garde.

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