A Rio+20, les régions en croisade pour le développement durable

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Elles étaient peu nombreuses cette semaine à Rio mais celles qui ont fait le déplacement incarnent concrètement la réussite du développement durable à l'échelle des collectivités. Elles veulent partager leur expérience pour montrer que l'environnement, l'économie et les emplois peuvent faire bon ménage, et parfois même, sauver un territoire en déshérence.

Les collectivités locales françaises sont peu nombreuses à avoir fait le déplacement au sommet des Nations Unies sur l'environnement, qui se termine à Rio ce vendredi. Un peu moins de dix régions, un peu plus de dix villes étaient présentes. Presque aucun département n'est venu. Question de coût ? De calendrier, déjà bien rempli par la préparation des élections législatives ? Ou question d'engagement ? Car le développement durable dépend avant tout d'une volonté politique. Une chose est donc certaine : celles qui sont venues sont des convaincues du développement durable.

Le développement durable,  une sortie de crise pour le Pas-de-Calais

Ainsi, le Nord-Pas de Calais a investi Rio+20 avec enthousiasme, emmenant chefs d'entreprise, chercheurs, associations. "Nous venons là pour faire poids, car nos solutions marchent et elles ne sont pas suffisamment prises en compte au niveau national", explique le vice-président de la région à l'aménagement du territoire, Emmanuel Cau. "Nous venons nous conforter dans ce que nous mettons en place, sur le plan technique comme éthique", ajoute la vice-présidente au développement durable, Myriam Cau. La délégation a ainsi observé avec intérêt le travail fourni par les autres pays sur les thèmes qui lui sont chers, tels que les indicateurs de richesse alternatifs au PIB ou les villes durables.

Au-delà, le Nord-Pas de Calais est venu à Rio témoigner de son statut de "territoire en transition". Car s'il a investi le champ du développement durable, c'est pour rompre avec un siècle de crises industrielles et sociales. "Nous avons fermé les mines, puis la sidérurgie s'est éteinte, de même que le textile. Aujourd'hui, l'activité de la vente par correspondance s'effondre avec la concurrence d'Internet", rappelle Myriam Cau. "Le développement durable est apparu comme une alternative", conclut Jean-Christophe Lipovac du Cerdd (Centre de ressources sur le développement durable du Nord-Pas de Calais). Le territoire mise dorénavant sur de nouvelles logiques économiques, allant du recyclage des déchets sur ses sites industriels Seveso aux solutions de financement apportés aux ménages pour la réhabilitation thermique des logements.

Les jeunes des Pays de Pays-de-la-Loire en première ligne

La région des Pays-de-la-Loire, venue également en force à Rio, a mis les nouvelles générations à l'honneur. La délégation a intégré cinq jeunes de 18 à 25 ans, étudiant en BTS, lycéens ou apprentis. Tous ont en commun de venir de lycées labellisés "éco-responsables". Tous ont un pied dans le développement durable, qu'il s'agisse de projets personnels ou de la formation professionnelle qu'ils ont choisie. Tous, par leurs préoccupations, expriment des problématiques discutées à Rio.

"En agriculture, il faut revenir vers les cultures anciennes, qui ont été bouleversées par l'introduction d'intrants. On doit pouvoir utiliser les intrants, mais à faible dose", explique Emmanuel, qui se forme en viticulture-?nologie. "Je n'ai trouvé qu'un seul DU [diplôme universtaire] formant à l'éco-construction, l'offre de formation est peu importante, c'est dommageable", souligne Clément, apprenti dans le BTP comme charpentier. Rosselin, en BTS aménagement paysager, reconnaît que ce déplacement au Brésil représente un coût et... une certaine pollution. D'où l'importance, pour que cela en vaille la peine, de "sensibiliser l'ensemble du lycée aux enjeux du sommet".

La Guyane veut remettre  l'emploi et l'économie au centre du débat

Loin de la Loire, en Guyane, les préoccupations sont très semblables à celles des pays du Sud, qui, à Rio+20, ont fait valoir leur droit à la croissance et à l'éradication de la pauvreté. La deuxième vice-présidente de la région, Hélène Sirder, est inquiète. "Parce que la Guyane appartient à l'Amazonie, le poumon vert de la planète, elle a fait l'objet d'une politique de protection intégrale. L'emploi et l'économie ont été mis de côté sur notre territoire". Or, fait valoir l'élue, la Guyane connaît une explosion démographique. La population croît de presque 5 % par an, 8 % dans certaines zones. "Nous devons continuer à protéger la biodiversité, mais aussi remettre les populations au c?ur de nos préoccupations et créer de l'activité". Hélène Sirder défend ainsi à Rio l'idée d'un développement endogène pour la Guyane. Un développement qui permettrait par exemple de créer de nouveaux métiers - dans l'éco-tourisme, dans l'artisanat - pour les populations amérindiennes qui vivent encore en lien étroit avec la nature.

Les régions françaises réalisent 70 % de l'investissement

Au final, les collectivités locales établissent des diagnostics, réfléchissent à des solutions, mettent en place des lieux de démonstration. Leur proximité avec la population leur donne une certaine capacité de concertation. En outre, elles ont un poids économique conséquent puisqu'elles réalisent en France 70 % de l'investissement. Pour Myriam Cau, "80 % de la force de frappe de l'action concrète du développement durable vient de la région". Les villes ne sont pas en reste, notamment en raison de leurs compétences en matière d'urbanisme.

Reconnaître la légitimité des pouvoirs locaux

Conséquences de cette capacité d'initiative, les régions sont parfois plus avant-gardistes en matière de développement durable que leurs Etats, comme la Californie aux Etats-Unis. Certaines régions du monde signent entre eux des accords de coopération alors que leurs exécutifs restent en désaccord, comme le Nord-Pas de Calais en France et le Minas Gerais au Brésil. Pourtant, malgré l'énergie déployée par ce réseau horizontal, les territoires ne peuvent avancer sans leur Etat. "Nous ne pouvons pas atteindre l'objectif seuls car nous n'avons pas accès à la gouvernance économique", souligne Myriam Cau.

Autre contradiction, bien qu'étant forces de proposition, bien que l'ONU ait reconnu leur rôle dans la mise en place du développement durable dès le Sommet de la terre de 1992, les pouvoirs locaux (dénomination onusienne, qui regroupe tous les statuts existants) ne sont pas partie prenante des négociations. "Les Nations Unies doivent désormais reconnaître que ces pouvoirs locaux ont une légitimité qui doit les positionner à un niveau de discussion qu'ils n'ont pas aujourd'hui", revendique le président du Conseil régional des Pays de la Loire, Jacques Auxiette.

L'échec de Rio souligne l'impuissance des Etats

Les résultats du sommet Rio+20, très en-deçà des attentes (au point que la presse brésilienne l'a déjà rebaptisé Rio-20) n'ont pas abattu ces convaincus du développement durable. "L'échec conforte notre idée que ce ne sont pas les Etats qui mettent en ?uvre le développement durable", affirme la vice-présidente de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Annick Delhaye. Un avis partagé au-delà du seul cercle des élus: pour le président de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), François Loos, présent à Rio : "ce qu'il faut faire, ce sont les collectivités locales et les entreprises qui le feront".

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Commentaires
a écrit le 22/06/2012 à 14:26 :
Peut être aussi que les Etats ne peuvent pas tout faire. La société civile, les forces économiques et les collectivités locales peuvent aussi agir seules, et souvent mieux que l'Etat qui n'a pas vocation à tout gérer
a écrit le 22/06/2012 à 13:42 :
Tant que l'on ne s'attaquera pas à l'explosion démographique qui est responsable de tous nos maux, le reste ne sera qu'agitation vaine et stérile étouffant le tic de la bombe à retardement qui s'entend de moins en moins alors que la fin approche. L'être humain est un idiot complet qui boit de l'alcool, fume, ne pense qu'à s'amuser, briller et aime la fête. Pendant qu'il danse et rit, il laisse mourir 5000 enfants par jour, dans l'indifférence générale.
Réponse de le 22/06/2012 à 16:19 :
Que ceux qui préconisent la régulation démographique commencent par eux-mêmes sans attendre ! C'est quand même pas si compliqué.
Réponse de le 24/06/2012 à 1:27 :
Mais ils commencent ! Plusieurs Académies des Sciences le préconisent aussi (comme celle de Grande Bretagne etc), plusieurs chefs d'Etats africains etc. C'est une des clefs des majeurs problèmes actuels et à venir. Si à une ancienne époque faire de nombreux enfants se justifiait, à présent et sauf exception de certains pays etc, n'en faire pas plus de deux est indispensable.

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