Bernard Faivre d'Arcier, en attendant l'an 2000

« La Tribune ». - En deux mandats, de 1980 à 1984, et puis à partir de 1993 jusqu'à ce jour, vous avez passé neuf ans à la tête du festival d'Avignon. Est-ce une fonction dont vous rêviez du temps de Vilar ? Bernard Faivre d'Arcier. - Absolument pas. D'ailleurs, je n'ai jamais rencontré Vilar, je ne l'ai même jamais vu jouer. J'ai fait mes études à Lyon et c'est plutôt à Roger Planchon et à Patrice Chéreau que je dois ma passion pour ce métier et cet art. J'ai découvert Avignon en 1964, j'étais étudiant, j'ai campé dans l'île de la Barthelasse, vu quelques spectacles, assisté à des débats. Un passage. Quand je me suis trouvé à l'ENA en 1972, j'étais davantage préoccupé de politique interne que de théâtre. Je faisais partie de la promotion Charles-de-Gaulle avec Alain Juppé. La contestation soufflait sur le système hiérarchique de l'école. J'étais à la tête des dissidents, Juppé menait le clan des conservateurs. C'est pourtant à partir de cette date que je suis devenu spectateur régulier d'Avignon et que j'ai décidé d'orienter ma carrière vers les affaires culturelles de l'Etat. Peut-être parce qu'elles étaient les plus démunies... Rien de tout cela ne semble vous avoir destiné à l'aventure avignonnaise. Rien en effet. Cela s'est fait par le plus grand des hasards, presque à mon insu. Après la démission de Paul Puaux, en 1979, on chercha d'abord un créateur pour reprendre le flambeau vilarien. Mnouchkine, Béjart, Planchon refusèrent. C'est ainsi qu'en novembre on fit appel à moi, le premier surpris par l'offre. Je me suis jeté dans le bain jusqu'au cou. Je n'y connaissais rien, j'accumulais les gaffes, je confondais les journalistes, je croyais, angélique, que les créateurs s'aimaient les uns les autres... L'espace d'une courte méprise, je me suis pourtant cru bien accueilli : sur mon bureau, un tampon m'attendait, aveces initiales, « BFA ». Je fus ému par la délicatesse de l'attention. Avant de comprendre que les trois lettres signifiaient « Bureau du festival d'Avignon ! ». Je découvrais un drôle de monde, de drôles de guerres, et, quand j'eus l'idée de rassembler une douzaine de metteurs en scène pour trois journées de réflexion sur l'avenir du festival, ce ne fut pas mon purgatoire mais carrément l'enfer. Je me suis fait traiter d'infect comptable, de colporteur de l'audiovisuel et de quelques autres noms d'oiseau. Vous avez été l'artisan de quelques réformes fondamentales. Quel est aujourd'hui le bilan de toutes ces mutations ? Bien sûr on m'a accusé d'avoir saccagé l'héritage de Vilar alors que c'était sans doute le seul moyen de le préserver. Le changement des statuts a permis à la ville, qui avait en charge 65 % des coûts du festival, d'en devenir le bailleur de fonds minoritaire. Les subventions de l'Etat sont passées de 300.000 francs à 12 millions de francs. Grâce au jeu des coproductions, Avignon a permis depuis trois ans d'assurer des productions autonomes. Quant au reste, un lieu d'apprentissage et un lieu de mémoire m'ont paru indissociables de l'idée même de ce festival. La municipalité vous a fait claquer la porte une première fois en 1984. Quels sont vos rapports avec celle qui est en place aujourd'hui ? Je n'ai aucun problème majeur avec l'équipe de Josée-Marie Roig. L'entente est cordiale mais la ville doit affronter de sérieux problèmes économiques, ce qui forcément est aussi reporté sur le festival. D'où l'annulation de l'exposition du cinquantenaire, que je regrette car elle fut décidée trop tard pour que je puisse trouver d'autres sources de financement... Quant aux Avignonnais, qui constituent de 10 à 12 % de notre public (la moyenne nationale des spectateurs de théâtre est de 6 %), il y en a de trois sortes, ceux qui partent en vacans et en profitent pour louer ou sous-louer leurs biens, ceux qui restent, qui participent au festival ou bien qui en vivent - les hôteliers, restaurateurs, etc. Pour ceux-là, le festival est à la fois créateur d'emplois temporaires et source de revenus. Et l'avenir ? Je suis optimiste. J'ai de plus en plus de goût pour ma fonction. Mon contrat actuel me mène jusqu'en 1997. Je suis candidat à ma succession. J'aimerais être encore aux commandes en l'an 2000, quand Avignon sera capitale culturelle de l'Europe. Propos recueillis par Caroline ALEXANDER

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