« Les allumés du jazz » ou le mois des indépendants

On les appelle les indépendants par opposition aux majors, les cinq - Polygram, Emi, Sony, Warner, BMG - qui se partagent 80 % du marché de la musique enregistrée. Mais leur indépendance artistique et financière se révèle de plus en plus difficile à préserver dans un marché du jazz qui se rétrécit - sa part dans les ventes totales de disques en France a fondu en trois ans de 6 % à 2,3 % - et qui est suralimenté par des rééditions et compilations vendues à des prix écrasés. Ces difficultés, les soixante-dix labels indépendants existants - la plupart à Paris, mais aussi dans les régions (à Montpellier, Amiens...) - les ont exposées au ministère de la Culture. Aujourd'hui, l'Etat, qui consacre chaque année 20 à 22 millions de francs au jazz - 1 % du budget de la Culture, mais essentiellement affectés aux spectacles vivants -, s'engage financièrement, même si c'est de manière symbolique, aux côtés de ceux que le critique Philippe Carles dénomme « les dénicheurs, inventeurs de trésors et autres catalyseurs, hors des autoroutes du "music business" ». Grâce à une subvention de 500.000 francs, quinze labels ont monté une opération d'un mois, du 6 janvier au 6 février, destinée à faire découvrir au public l'originalité de leur production. Ce qui se traduit dans la pratique par la présentation dans les Fnac et les Virgin (qui assurent plus de la moitié des ventes de jazz) mais aussi chez les disquaires traditionnels, incluant le réseau d'Harmonia Mundi, d'une sélection de 50 de leurs meilleurs CD vendus avec un prix réduit d'au moins 20 %. Une sélection qui fait naturellement la part belle à la fine fleur du jazz français : les Sclavis, Portal, Kassap, Akchoté, Goubert, Thollot, Solal, Lockwood, Pilc... Baptisée joliment « Les allumés du jazz », et soutenue par Radio France qui organisera quatre concerts à la Maison de la Radio du 8 au 11 janvier, cette opération vise égale- ment à sensibiliser davantage les pouvoirs publics aux problèmes économiques des producteurs indépendants, à l'occasion d'une journée-débat le 12 janvier. Certains évoquent même déjà la création d'une association formelle qui se battrait par exemple pour ramener à 5,5 % - à l'instar du livre - la TVA sur le disque portée de 18,6 % à 20,6 % l'été passé, ou pour fixer un prix plancher du disque, moyen de lutte contre les hard discounters et de défense de la création musicale. Jean-Louis Lemarchand

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