Le pétroliers à la conquête des mers profondes

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« La Tribune ». - Pourquoi les technologies en mer profonde peuvent-elles aujourd'hui se développer Pierre-Alain Delaittre. - L'offshore profond recourt en fait à des technologies qui étaient utilisées dans les petits fonds. Actuellement, deux technologies existent pour les grands fonds. La technologie sous-marine, où les têtes de puits de production sont situées sur le fond de la mer. La technologie PLT (plate-forme à ligne tendue), où les têtes de puits de production sont aériennes : elles sont placées sur un flotteur relié au fond de la mer par des lignes tendues puisqu'on ne peut pas construire de « jacket », c'est-à-dire de plate-forme classique, sur de telles profondeurs d'eau. Il existe une multitude d'autres techniques dans les cartons. L'une des plus prometteuses est la Spar, que l'on pourrait comparer à une bouteille qui flotterait verticalement. La technique n'est pas encore éprouvée mais des projets sont en cours. La technologie sous-marine comme la technologie PLT ont déjà été utilisées dans les petits fonds. On n'a fait que les adapter à des profondeurs plus importantes. Où commence l'offshore profond ? A la grande époque de Jacques-Yves Cousteau, le grand fond commençait là où l'homme ne pouvait plus aller. C'est-à-dire, alors, à 80 mètres. Aujourd'hui, les technologies n'arrêtent pas d'évoluer et chez Elf, on fait commencer le grand fond aux alentours de 300 mètres et jusqu'à environ 1.500 mètres. Au-delà, c'est du très grand fond. Mais peut-être que, dans dix ans, le grand fond commencera à 1.500 mètres... Toutes les zones grands fonds sont-elles aujourd'hui explorées ? Elles sont très peu explorées par rapport aux zones classiques. S'il existe encore des champs offshore géants à trouver, c'est là et peut-être en Arctique qu'on les trouvera, les zones des petits fonds étant déjà bien explorées. Les découvertes réalisées jusque-là dans le golfe du Mexique et au Brésil sont excellentes. Quelles sont les compagnies les plus en pointe dans ces technologies et quelle est la position d'Elf ? Parmi les compagnies pétrolières, Shell est à la pointe dans ce domaine, mais pas dans le temps puisque les premiers à avoir développé les grands fonds sont les Brésiliens. Cela étant, aujourd'hui Shell est l'opérateur le plus actif, suivi par BP. Pour ce qui est d'Elf Aquitaine, nous y sommes fermement engagés. Nous avons obtenu des blocs d'exploration dans le golfe du Mexique. Mais c'est en Afrique de l'Ouest que nous sommes le plus avancés. Nous avons à ce jour à notre actif quatre découvertes dans le golfe de Guinée : au Nigeria, par 1.000 mètres d'eau, un gisement où Shell est opérateur ; au Congo, sous 800 mètres d'eau, où nous sommes opérateurs, Chevron étant notre associé ; en Angola, sous 600 mètres d'eau, un gisement opéré par Shell où Elf est associé ; enfin un gisement que nous opérons en Angola sous 1.300 mètres d'eau et où nous sommes en particulier associés à BP, Statoil et Exxon. Outre le golfe du Mexique et l'Afrique, Elf est également impliqué dans l'ouest des Shetlands et en mer de Norvège. Une quarantaine de puits d'exploration sont prévus pour Elf dans les quatre ans, dont les deux tiers en Afrique de l'Ouest et un tiers en Europe. Quelles sont les difficultés majeures rencontrées pour mettre en production des gisements à ces profondeurs ? Elles sont psychologiques plus que technologiques. Les Brésiliens, qui ont été parmi les premiers à franchir le pas en 1989, ont réellement été « gonflés ». Depuis, ils se sont fait rattraper et même dépasser, dans la mesure où ils ont commencé par développer des technologies sous-marines assez simples, qu'ils ont conservées sans les faire beaucoup évoluer. Sur le plan technologique, la principale différence entre le petit et le grand fond se trouve dans la tranche d'eau, qui est très froide. Le passage brutal du sol relative- ment chaud à la mer dont la température se situe autour de 4 degrés peut entraîner la for- mation de bouchons de para- phine susceptibles de bloquer les canalisations. La technologie du forage par grand fond est connue et éprouvée, mais elle est plus complexe à cause de la longueur de la tige de forage. Imaginez un spaghetti d'un kilo- mètre de long qui doit forer sous la mer... Des deux techniques actuelles, quelle est la plus utilisée ? La technique sous-marine. Elf est d'ailleurs engagé dans un projet de recherche appelé Host avec Mobil, Shell, Statoil et FMC-KOS, une société parapétrolière américano-norvégienne. Il s'agit d'un projet entièrement modulaire, comme du Lego, représentant un investissement de 110 millions de couronnes (Ndlr : 90 millions de francs) sur quatre ans. Par ailleurs nous avons constitué un club des opérateurs grands fonds de l'Afrique de l'Ouest. Ce club des quatre, initié par Elf, que BP et Statoil ont rejoint dans un premier temps, puis Shell plus récemment, travaille sur des sujets technologiques spécifiques à l'Afrique de l'Ouest. Les condi- tions océano-météorologiques y sont incomparablement plus favorables qu'en mer du Nord et surtout qu'à l'ouest des Shetlands. En revanche, l'industrialisation de la zone est faible, le savoir-faire local réduit, ce qui pose des problèmes spécifiques qui n'ont rien à voir avec ceux du golfe du Mexique, où on produit du pétrole depuis quarante ans et où opèrent quelque 1.500 plates-formes. Dans le golfe de Guinée, il faut de préférence que tout le matériel soit au préalable testé et prêt à être utilisé avant d'arriver sur le site... Vous coopérez avec BP, Shell ou Statoil et pourtant vous êtes concurrents. Cela vous pose-t-il des problèmes ? Non. Nous coopérons sur des sujets techniques,, à l'exclusion de tout ce qui concerne le do- maine minier. Cette restriction a été introduite dès le début. Elle figure d'ailleurs dans les statuts du club. Propos recueillis par Elisabeth Rochard

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