De la Savoie au Colorado, Salomon court après les modes sportives

Chavanod, près d'Annecy. Au pied des montagnes, le centre de recherche et développement du département chaussures de Salomon et ses 250 salariés, tous « fondus » de la montagne. « Ce site est certainement unique au monde, assure Antoine Barthélemy, responsable qualité, puisque nous y concevons à la fois des chaussures de ski, alpin et de fond, des chaussures de randonnée, multisports et de haute montagne, mais aussi notre future gamme de patins en ligne et de chaussons de snowboard. » Au total, sur une surface d'au moins 1.000 m2, une concentration de savoir-faire : des laboratoires de test et de recherche jusqu'à un minicentre de production d'où sort l'ensemble des prototypes. Pas moins de cent nouveaux modèles alpins par an et une bonne autre centaine pour le fond et la randonnée. « Nous avons toujours cherché à accumuler les compétences puisque nous concevons nous-mêmes nos moules pour les coques injectées, mais aussi certains process pour tester l'endurance de nos matériaux que nous brevetons », explique-t-il. Si la certification ISO 9.000 n'est pas l'idée fixe de ses responsables, la visite du centre demeure surprenante. Ici, pas d'énormes outils informatiques, pas de courbes qui se dessinent sur les moniteurs, mais plutôt des appareils simples découlant du seul pragmatisme. Des enceintes à ultraviolet en forme de grosses machines à laver accélèrent le vieillissement des chaussures : une journée simule dix années d'utilisation. Une chambre froide (- 20 °C) teste la résistance des coques et des semelles, une étuve simule des conditions de transports extrêmes comme la température élevée et l'hygrométrie de 80 %, le tangage. Elles imitent jusqu'aux mouvements d'un cargo à destination du Sud-Est asiatique. A l'intérieur, tout y est, les chaussures et le papier de soie emballés dans leur boîte en carton ainsi que les étiquettes, références et fiches techniques... Tests et simulation. A quelques mètres des masses cognent des coques injectées tandis que, par dizaines de milliers de cycles, des ressorts se tendent et se resserrent pour tester les performances des semelles. « C'est l'élément essentiel d'une bonne chaussure de montagne. La rigidité doit se combiner à la souplesse, le profil des crampons doit permettre une qualité d'accroche optimale. Le caoutchouc utilisé pour nos semelles "Contagrip" a été développé avec un sous-traitant spécialisé dans les pneus de Formule 1 », raconte le responsable qualité du département. Et Antoine Barthélemy d'ajouter : « Avec les chaussures outdoor que nous développons depuis 1990, la difficulté a été d'allier résistance et confort. Notre clientèle potentielle est habituée à la souplesse d'une basket Nike ou Reebok... Une paire de X-Hiking [comprenez "Cross-Hiking"], aussitôt achetée, doit être utisable immédiatement. Elle ne doit pas nécessiter de temps d'adaptation, provoquer des ampoules ou irritations des malléoles, à l'instar des anciens godillots en cuir et à lacets rouges. Marcher ne doit plus être synonyme de souffrance mais de plaisir. » « Année charnière. » « L'année qui s'écoule aura été charnière pour le groupe, annonce Denis Maugain, car pour la première fois le chiffre d'affaires induit par les sports d'été est supérieur à celui dégagé par nos activités traditionnelles, le ski et les fixations. » Le responsable de l'unité développement chaussures et équipements ajoute, « il semble que nous ayons atteint un seuil avec les sports d'hiver. Cette clientèle n'est plus extensible. En revanche, avec la randonnée on ne sait pas encore où cela peut s'arrêter ». Avec une production annuelle d'un million de paires en progression de 30 % cette année, Salomon ne cache guère ses ambitions : devenir le numéro un mondial de la chaussure de randonnée. Sur un marché dénué de leader incontesté, la maison tout juste cinquantenaire compte internationaliser ses ventes mais aussi sa recherche. « Une unité de design va ouvrir ses portes le 1er septembre prochain à Boulder dans le Colorado, la Mecque de l'outdoor, et plusieurs autres centres dans le monde devraient suivre », déclare Denis Maugain. Dès lors, Salomon fera appel à des chercheurs américains mais aussi scandinaves. Et de lâcher : « Un changement d'état d'esprit dans l'entreprise s'est amorcé au début des années 90 avec l'émergence de l'outdoor. Aujourd'hui, nous sommes conscients que nous devons rassembler le savoir-faire d'où qu'il vienne plutôt que nous renfermer sur Annecy. La preuve, si nous sommes capables d'innover, aucune mode sportive n'est jamais sortie d'ici. » Bruno Arabian, envoyé spécial à Annecy

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