Monnaie unique : la confiance passe aussi par des réponses techniques

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Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont voulu vraisemblablement envoyer un double message lors du récent sommet de Madrid. Tout d'abord, ils ont réaffirmé leur foi dans la construction monétaire. L'introduction de la monnaie unique aura bien lieu le 1er janvier 1999. Par ailleurs, pour donner plus de matérialité à un projet souvent perçu comme abstrait par l'« homme de la rue », un nom définitif a été choisi. La monnaie unique s'appellera Euro. A un moment de doute sur la perspective d'une mise en place « à temps » de la monnaie unique, l'envoi d'un message politique « fort » était sans doute utile. Il aurait été toutefois plus crédible s'il ne s'était pas cantonné aux grands principes et aux symboles. Le retour à plus de confiance aurait exigé que des réponses aux grandes questions restant en suspens soient apportées. En fait, un seul problème technique a été réellement abordé. Il a été heureusement tranché dans le sens d'une crédibilité affirmée de l'Euro. L'on se souvient que les autorités allemandes avaient émis l'idée que durant la phase B (selon la terminologie du Livre de la Commission), c'est-à-dire après l'introduction de l'Euro, mais avant la suppression des monnaies nationales, les émissions de titres publics de la RFA puissent continuer à être réalisées en deutsche marks. Elles ont finalement accepté que l'Euro soit la seule devise support. Cette décision est d'importance. Une concurrence possible entre le deutsche mark et l'Euro n'aurait assurément pas créé les conditions d'une bonne acceptation de la monnaie européenne. Si d'aventure il s'avérait que l'épargnant préfère le placement en deutsche mark par rapport à celui en Euro, cette dernière se trouverait affaiblie. Son avenir de grande devise, internationalement reconnue, serait alors compromis. Néanmoins, beaucoup d'autres points sont restés dans l'ombre. L'Euro ne deviendra une réalité que si les nécessaires précisions sont apportées. Ce devoir de clarté concerne surtout deux domaines. Tout d'abord, la décision de basculer dans le processus de la monnaie unique le 1er janvier 1999 implique une interprétation en dynamique de critères de convergence du traité de Maastricht. Une lecture stricte ne retiendrait qu'un ou deux pays. La taille critique, nécessaire au bon fonctionnement de l'union économique et monétaire, serait loin d'être atteinte. Il faudra donc interpréter ; surtout en matière de finances publiques. Cette possibilité est d'ailleurs offerte par le traité. Si l'interprétation est possible, ce n'est pas pour autant qu'une grille de lecture est proposée. En la matière, rien ne dit qu'une proximité d'approche apparaîtra rapidement. Il est sans doute nécessaire de proposer une démarche normative permettant de canaliser les choix. Sinon les discussions risquent d'être sans fin et les décisions prises, critiquées. Avec le risque que la présence de certains pays dans le « premier wagon » de la monnaie unique apparaisse comme la conséquence d'un compromis plus ou moins critiquable. Un peu comme si il y avait deux « classes » dans ce « premier wagon » ! Par ailleurs, peu de choses sont avancées sur la gestion des relations entre les pays européens à l'intérieur de la zone couverte par la monnaie unique et ceux à l'extérieur. L'analyse implicite des rédacteurs du traité de Maastricht est la suivante : les pays qui ne participent pas de suite à l'UEM feront tous les efforts nécessaires de convergence pour rejoindre rapidement les « heureux élus ». Ce postulat pourrait ne pas trouver confirmation. Si la route à suivre paraît trop sinueuse, certains pays pourraient renoncer et préférer un cheminement plus divergent. Au-delà de la perspective d'une zone par la monnaie unique, c'est l'idée même de la pérennité du « grand marché européen » qui serait peut-être remise en cause. La croissance économique des pays membres en serait d'autant entravée.

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