Les Hauts-de-Seine veulent freiner la désindustrialisation

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Le plus riche département de l'Ile-de-France rencontre lui aussi des difficultés économiques. Le PIB des Hauts-de-Seine, équivalent à celui de la Grèce, cache une désindustrialisation massive entamée depuis dix ans dans l'automobile ou l'aéronautique. « Nous totalisons environ 650.000 emplois, remarque Alain Lacour, responsable de la mission économique du conseil général, mais aux 55 % de postes industriels se sont substitués 60 % d'emplois dans le tertiaire. » Cette mutation a laissé de nombreux ouvriers peu qualifiés sur le carreau. Mais avec 90.000 demandeurs d'emploi le département affiche un taux de chômage de 9,5 %, envié de ses voisins. Cette situation très contrastée d'un paradis de sièges sociaux côtoyant des quartiers en difficulté, à Colombes ou Gennevilliers, explique que le conseil général ait décidé à son tour de s'occuper de développement économique. D'autant que la crise immobilière est passée par là, laissant des milliers de mètres carrés de bureaux vides. Les actions engagées témoignent de cette dualité : les unes sont tournées essentiellement vers l'international afin d'aider les PME à exporter, les autres, plus classiques, proposent des séries de stages aux chômeurs. « Le département est un bon niveau d'intervention par rapport au nombre d'habitants [1,4 million] et d'entreprises (8.000), reprend Alain Lacour, ce qui n'est pas forcément le cas partout. Nous avons décidé de jouer la carte du partenariat avec l'union patronale ou la chambre de commerce. Mais pas question de nous contenter de financer. » Près de 100 millions sont consacrés au développement économique. C'est peu pour un département qui affiche un budget de près de 8 milliards de francs. « Le conseil général a financé la fac Pasqua, il va prendre en charge une partie du projet d'autoroutes souterraines Muse estimé au total à 40 milliards et quand les communes demandent une aide pour des projets en faveur de l'emploi, comme c'est le cas pour Fontenay-aux-Roses, elles ne reçoivent pas de réponse », déplore le maire et conseiller général socialiste Pascal Buchet. Les coopérants en éclaireurs. Le soutien aux entreprises, notamment à l'international, constitue aujourd'hui le principal volet de l'intervention du département : au-delà de l'organisation de missions économiques, les Hauts-de-Seine s'appuient sur les coopérants du service national en entreprise (CSNE). L'idée ? Utiliser ces jeunes diplômés de l'enseignement supérieur qui passent seize mois dans une grande entreprise à l'étranger pour réaliser des études de marchés ou rechercher des distributeurs pour les PME locales. Deux groupes - Elf et Accor - ont accepté de « prêter » leurs CSNE basés en Asie : cinq sont aujourd'hui opérationnels. « Nous prenons en charge la moitié du coût et la PME le reste, précise Alain Lacour, soit un million pour l'instant. C'est une bonne formule pour commencer à se développer à moindre coût. » Parmi les régions cibles, la Chine, l'Amérique du Sud, les Etats-Unis et les pays de l'Est. Les investisseurs étrangers déjà ins- tallés dans le département sont eux aussi créateurs d'emplois : les 500 entreprises étrangères recensées emploient plus de 50.000 personnes, soit environ 10 % des salariés des Hauts-de-Seine. Le conseil général veut jouer sur cet environnement pour accueillir de nouvelles sociétés. Il a créé l'an dernier une antenne qui a permis de faire aboutir dix dossiers en un an. A l'intérieur de ses frontières, les Hauts-de-Seine utilisent des outils plus classiques pour la réinsertion des chômeurs. Mais c'est le département qui, en 1990, a lancé l'idée de faire parrainer des chômeurs de longue durée par des tuteurs, eux-mêmes anciens demandeurs d'emploi. Cette initiative, réalisée en partenariat avec l'ANPE, a été reprise en 1993 au plan national. Ils sont aujourd'hui quarante-cinq à suivre près de 1.400 exclus afin de les aider dans leur démarche. Par ailleurs, deux mille stages de formation sont financés cette année : de l'informatique aux métiers de paysagiste, voire même un stage de palefrenier. « Un sur deux parvient ensuite à retrouver un travail », affirme le responsable de la mission économique. Le groupe communiste, même s'il reconnaît le bien-fondé de ces actions, estime toutefois que la priorité doit aller à la lutte contre la désindustrialisation. « La majorité accompagne la politique nationale et ne s'y oppose pas », déplore Pierre Sotura, le président du groupe. Dominique Chapuis

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