Formation : le CD-ROM pousse les « profs » hors de l'entreprise

Help ! A l'aide ! Ce message n'est pas celui d'une personne qui se noie mais du logiciel Windows 95. Le bébé de Bill Gates, le patron de Microsoft, aura été adulé ou critiqué, mais l'une des nouveautés révolutionnaires consiste à proposer une fonction d'assistance - une « aide » instal- lée directement sur l'ordinateur - si novatrice qu'elle joue le rôle d'une sorte de professeur à demeure. Révolutionnaire... à condition d'en disposer, et de savoir s'en servir. Cet exemple montre bien les paradoxes en cours en matière de formation et de multimédia. Comme au siècle des Lumières ou à la fin du XIXe siècle, nous vivons bercés dans une idéologie du progrès. Anne Sinclair reçoit Bill Gates avec enthousiasme à « 7 sur 7 ». Newsweek déclare 1995 année de l'Internet. Mais la journaliste de TF1 utilise Windows 95 moins souvent qu'elle ne passe à la télévision et la plupart des lecteurs de l'hebdomadaire américain n'ont jamais vu à quoi ressemble Internet. Le rythme des innovations technologiques est si rapide que la première ques- tion qui se pose est de savoir comment on va digérer tout cela. Voilà à peine cinq ans, la formation ressemblait à un pèlerinage. Le salarié partait en retraite se ressourcer pour apprendre toutes les subtilités d'Excel, de la biochimie ou de la langue de Shakespeare. Aujourd'hui, tout est remis en question. D'abord l'apparition d'outils multimédias, sous la forme de CD-ROM ou de logiciels, ouvre des possibilités que les cassettes audio ou vidéo n'avaient pas : davantage de contenu, d'image et de son, et surtout la possibilité de dialoguer - ce qu'on appelle l'interactivité. Cette autoformation ne sonne pas le glas de l'école mais remet en question la notion de lieu de formation et d'enseignement. Dans les budgets de formation, il est peut-être désormais plus rentable d'affecter un portable avec un CD-ROM sur l'anglais commercial de Californie que de prévoir les services du professeur d'une école de langue qui fera cinq minutes de dialogue ethnico-économique à l'heure du déjeuner. Au chapitre de la rentabilité également : le temps consacré aux formations traditionnelles comprend celui du transport, ce qui n'est pas de la formation à proprement parler. Contrainte : on ne déplace généralement pas une personne en TGV pour une heure, les formations sont par définition « lourdes ». La formation multimédia apporte plus de souplesse, permet une individualisation des programmes, qui plus est sur le lieu de travail. « Difficile de former les vendeurs d'une chaîne de grandes surfaces sur le rayon poissonnerie au même lieu en même temps », dit Philippe Gil, de la Cegos. Apparaît ainsi l'idée de formation « juste à temps » en fonction du réel besoin de l'entreprise ou de la personne formée, avec l'accès permanent à des sources d'informations qui éviteront que les acquis d'un stage ne se perdent dans la nature. Un autre élément va dans le sens des formations à distance : les limites de l'entreprise n'ont plus de frontière lorsque des salariés ou des sous-traitants sont répartis entre Lille, Toulouse et Lyon. Ce stade de réorganisation concerne l'entreprise dans son ensemble. Peut-on alors parler de formation seulement ? La plupart des « gourous » du management ont actuellement un leitmotiv : le monde est de plus en plus complexe et l'entreprise doit être capable de décrypter cette complexité, de s'adapter : d'où les stratégies de conduite du changement - un autre terme à la mode - pour dire qu'Air France, IBM ou Bercy, en tant qu'organisations, ne peuvent plus fonctionner comme avant. La mise en place de méthodes comme le groupware, le travail en réseau grâce à des logiciels comme Lotusnotes ou Microsoft Exchange, implique un partage de l'information, une nouvelle vision de cette « communauté travailleuse ». Ici, l'enjeu de la formation dépasse l'apprentissage d'une technique mais implique un saut culturel qui concerne tous les niveaux de l'entreprise. « Il faut que toute l'entreprise s'approprie ces outils », dit Pierre Pilorge, directeur de Price Waterhouse. Dans cette vision, les cours ex cathedra sont impensables. Et les formateurs s'appuient sur des relais dans l'entreprise qui peuvent être soit des hommes soit... des ordinateurs-professeurs. Paul-André Tavoillot Suite du dossier Voir Evenement

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