L'information géographique peut rendre le monde meilleur

Jack Dangermond a fondé Esri (Environmental Systems Research Institute) en 1969, pour réaliser des études sur l'environnement. L'institut a progressivement développé ses propres outils informatiques pour traiter les données géographiques. Il a ainsi mis au point, au début des années 80, le premier système d'informations géographiques (SIG), le système Arc-Info. Aujourd'hui, Esri est le premier acteur du marché des SIG, avec une part de marché supérieure à 30 %. « La Tribune ». - Lors de l'inauguration de la dernière conférence, qui réunit chaque année les utilisateurs de vos produits, vous avez affirmé que les systèmes d'informations géographiques devaient servir à construire un monde meilleur. Qu'est-ce que cela signifie ? Jack Dangermond. - Aujourd'hui, les réponses que nous pouvons apporter aux questions liées au domaine social, à l'économie, à l'emploi, à la criminalité, à l'essor démographique ou à la compétitivité deviennent absolument cruciales, pour un gouvernement comme pour une entreprise. Or ce sont des domaines dans lesquels l'information géographique peut jouer un rôle très important. Nous avons toujours besoin de nous situer ou de nous repérer géographiquement. Je crois que cette technologie peut aider à résoudre un certain nombre de problèmes réels, et ce dans des domaines très différents : suivi des politiques de protection de l'environnement, prévention des risques naturels, gestion des interventions de services d'urgence - comme la police ou les pompiers -, archéologie, reconstruction de villes, gestion de réseaux électriques, choix d'implantation pour des relais de télécommunications ou de nouveaux magasins, suivi des épidémies... Pourquoi ces applications sont-elles possibles aujourd'hui ? A cause des progrès de la technologie informatique essentiellement. Les premiers SIG datent du début des années 80. Il s'agissait de systèmes logiciels lourds, qui tournaient sur les ordinateurs disponibles à l'époque : des grands systèmes. Conséquence, c'étaient des outils chers et longs à mettre en oeuvre. De fait, les SIG ont d'abord été réservés à certains grands tilisateurs liés à l'aménagement du territoire, principalement les ministères, ou à des secteurs où l'information géographique possède une valeur particulière comme la recherche de gisements de pétrole, l'exploitation forestière ou le domaine militaire. Avec l'avènement de la micro-informatique, l'augmentation des puissances de traitement, la baisse du coût des ordinateurs et l'amélioration de leurs performances graphiques, les applications géographiques commencent à être diffusées plus largement. Elles coûtent sensiblement moins cher et sont beaucoup plus faciles à mettre en oeuvre. Avez-vous observé des différences d'avancements dans ce domaine entre les Etats-Unis et l'Europe ? Oui, les Etats-Unis sont très en avance, à la fois sur l'utilisation des SIG, mais aussi sur la quantité et le coût des données disponibles. Car il ne faut pas oublier que les données constituent l'essence même d'un SIG. Aux Etats-Unis, pour 99 dollars, vous pouvez acheter la carte du pays avec les limites de chaque Etat, les codes postaux... Je crois que les prix sont nettement supérieurs en Europe. Il y a aussi le problème de la redondance des données et des développements. Aux Etats-Unis, le ministère de l'Environnement a lancé un programme de standardisation des données pour tous ceux qui manipulent de l'information géographique, je ne sais pas si cela est imaginable en France... Quelles sont, à votre avis, les principales tendances pour l'avenir ? Plusieurs phénomènes vont se conjuguer. Du point de vue technique, le système de positionnement GPS (Global Positionning System) et l'imagerie satellite vont donner accès à toutes les images possibles, y compris en mouvement, avec une très haute résolution et une grande précision. Cela permettra de suivre un train, un camion, les paquets qu'ils transportent ou l'évolution géologique, mais aussi les gens ou les animaux. En fait, tout sera mesuré. Et relié dynamiquement par des réseaux à des bases de données. La combinaison des satellites et des systèmes informatiques d'aide à la décision fait que tout devient possible. De plus, Internet va permettre la diffusion massive de toutes ces données, quel que soit leur format. A condition toutefois que les organismes propriétaires des informations mettent leurs bases de données à disposition de tiers, ce qui est loin d'être fait. Avant d'en arriver à cette situation, nous devrons résoudre un certain nombre de problèmes. Lesquels ? J'en vois trois. Il y a tout d'abord celui du coût. Il va falloir évaluer le coût des informations géographiques et décider à qui il faut payer, autrement dit répondre à la question : qui est propriétaire des données ? Vient ensuite l'aspect confidentialité. Quel niveau d'information est-il possible de vendre à un tiers ou d'exploiter soi-même ? Et là-dessus, les Français sont bien plus pointilleux que les Américains, qui commercialisent déjà, sans état d'âme, beaucoup d'informations... Enfin, le troisième problème auquel il faut réfléchir est celui de l'accès libre au plus grand nombre à l'information géographique. Le SIG est une technologie géniale mais, pour bénéficier de tous ses avantages, nous devrons d'abord résoudre ces trois problèmes. Et nous devrons le faire dans un grand débat libre et ouvert, pas en laissant les gouvernements décider seuls de ce qu'il convient de faire. Je crois que la liberté d'accès aux informations géographiques est un bon indice de démocratie dans un pays, mais il faut rester vigi- lant ! Propos recueillis par Sophy Caulier

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