Unions monétaires, 150 ans d'héritage

Dans son modèle idéal de la Cité, Platon envisageait déjà en son temps une monnaie commune à toutes les cités grecques. Preuve que le rêve d'uniformité monétaire n'est pas nouveau ! En Europe, il faudra toutefois attendre le XIXe siècle pour voir apparaître de réelles unions monétaires, basées sur un accord formel et animées pour l'essentiel par des perspectives pragmatiques. « Intercirculation ». Certaines, comme l'Union monétaire scandinave (qui lia le Danemark, la Norvège et la Suède de 1873 à 1931), naissent de la volonté d'établir la stabilité des changes. D'autres - l'Italie après 1861 ou l'Allemagne en 1871 - accompagnent la construction d'une nation, tandis que l'Empire austro-hongrois marie avec succès système confédéral et gestion monétaire commune. La guerre de 14-18 fera voler en éclats ces constructions et seules subsisteront les unions nées dans un cadre national. Faut-il en conclure que l'union politique est la condition préalable nécessaire à la réussite d'une union monétaire ? L'équation n'est pas aussi simple. « Sans projet politique, l'Union scandinave, fondée sur l'étalon-or, a rempli son contrat pendant une longue période », observe Marc Flandreau, économiste et historien de la monnaie au CNRS. « Elle est allée plus loin que l'Union latine [Ndlr : qui unit la Belgique, la France, la Grèce, l'Italie et la Suisse entre 1865 et 1925], qui ne concernait que l'intercirculation de pièces métalliques en or et en argent d'un titre défini, et qui très vite n'a pu maîtriser la forte instabilité des monnaies. » En Autriche-Hongrie, l'union monétaire, matérialisée par une monnaie unique dès 1867, a dû sa pérennité à l'intérêt économique bien compris des Hongrois, qui avaient besoin d'attirer des capitaux pour financer leur économie. En Allemagne, l'étape économique a précédé le fait politique. Le Zollverein, marché commun mis en place dès 1834 entre les Etats germaniques, préparait l'intégration monétaire bien avant la création du Reich, en 1871. Cette union de fait, basée sur un système d'étalon-argent et caractérisée par des parités de change fixes et une forte convergence, existait avant le mark, dont la valeur fut anéantie par la Première Guerre mondiale. Pour autant, la politique conserve son importance et une banque centrale, aussi indépendante soit-elle, a parfois peu de poids face à une forte détermination des nations ! La récente réunification allemande de 1990 l'a confirmé. L'absorption de l'ostmark (d'Allemagne de l'Est) au taux de 1 pour 1 deutsche mark s'est faite contre l'avis de la Bundesbank. La force du sentiment national a cimenté l'union monétaire au prix de profonds déséquilibres économiques. En conséquence de quoi nombre d'observateurs estiment aujourd'hui que l'inexistence d'une Europe politique rend incertaine la pérennité de l'UEM (Union économique et monétaire). Déjà, en 1971, le rapport Werner, premier projet européen précis en la matière, insistait sur le lien nécessaire avec une union politique. Mais dans la pratique, ce sont les dérèglements du système monétaire international qui ont poussé les Européens à se préoccuper de monnaie en créant le « serpent monétaire » en 1972, puis le SME sept ans après. Et relancée dans la perspective du marché unique de 1993, l'union monétaire n'envisage pas plus explicitement l'intégration politique. Maastricht reste ainsi fidèle à la doctrine de Robert Schuman pour qui l'Europe devait se faire par des constructions concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Catherine Véglio

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