Saône-et-Loire : la décrue sans fin du textile

Quatre-vingt-huit des 159 salariés de l'usine de confection Creusot Vêtements, au Creusot, viennent de recevoir leur lettre de licenciement. Le sort définitif de cette filiale du groupe textile Weill à Besançon sera fixé par le tribunal de commerce de Chalon-sur-Saône en février. Après la fermeture des sites de Louhans et du Creusot, de Dim en 1993, et les multiples plans sociaux chez tous les grands du textile en Saône-et-Loire, la nouvelle fait presque figure de rengaine. En quatre ans, en effet, ce secteur, qui emploie aujourd'hui 4.700 personnes, a perdu près de 1.900 postes. Le phénomène n'a cessé de prendre de l'ampleur, comme le constate un récent rapport commandé par la Drire-Bourgogne : « Pendant quinze ans, la baisse des effectifs se situait dans la moyenne française, mais il faut reconnaître que, depuis cinq ans, l'emploi s'est plus détérioré en Saône-et-Loire que sur le plan national. » Le secteur le plus représenté est ici celui de la bonneterie, et plus particulièrement celui des collants et des chaussettes. Dim, à Autun, et Gerbe, à Montceau-les-Mines concentrent plus de 1.800 emplois. Quand Gerbe pratique du chômage technique en octobre, toute la ville s'inquiète. « Mais, en décembre, au contraire, nous avons remis la pression », constate Pierre Armand, secrétaire du comité d'entreprise. Chez Dim, où la direction a annoncé un investissement de 120 millions de francs pour la construction d'un centre d'expédition européen, le « C3D », la CFDT s'interroge : « Pour l'instant, nous avons deux centres, l'un à Autun, l'autre à Senones, dans les Vosges, qui nécessitent 252 postes. Le "C3D" fonctionne, lui, avec 125 personnes. Tout dépend donc de la répartition des suppressions d'effectifs entre les deux sites. » La lente disparition des sociétés du secteur provoque parfois des soucis inattendus. Ainsi, François Gadrey, PDG de Studio Adventures, une entreprise à succès, créatrice de tous les produits à l'effigie de Tintin ou autres, « ne trouve pas sur place de petits ateliers pour exécuter le montage ». En revanche, les pulls sont fabriqués à quelques kilomètres, chez Clayeux. « Pour ces articles, nous avons besoin d'un savoir-faire précis, mais pour le reste, nous sous-traitons à l'étranger... » Face à cette situation détériorée, les pouvoirs publics, Datar et Drire en tête, ont tenté depuis quelques mois d'apporter leur aide au secteur en analysant son état de santé. « La Saône-et-Loire ne possède pas de filière homogène, c'est l'une de ses faiblesses. Mais, note le rapport de la Drire, le niveau d'investissement est très bon, surtout en confection. » « Créer une dynamique ». Chacun s'accorde à reconnaître qu'il faut désormais, dans une profession sans tradition de collaboration, tenter de « créer une dynamique ». D'ores et déjà, une association d'une vingtaine d'entreprises est née, et quelques-unes d'entre elles ont participé au salon Fatex, en octobre, à Paris. « Certaines sociétés ont des durées de vie limitées, c'est certain, mais il en existe aussi de parfaitement adaptées au marché. A nous d'imaginer des actions communes, comme l'emploi de cadres ou de designers en temps partagé, ou des collaborations avec nos voisins de Roanne », explique Henri Duchemin, délégué Datar du pôle d'industrialisation de Bourgogne-Sud. Mieux vaut en effet se mobiliser rapidement, puisque Autun et Montceau sont éligibles pour les fonds européens de reconversion du textile, soit une enveloppe de 3,8 millions de francs à utiliser d'ici 1997. Magali Mauger, à Dijon

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