Le Japon, égalitaire et opaque

Au paradis de la classe moyenne, aucun "golden parachute" n'a encore défrayé la chronique. D'abord, parce que les chefs d'entreprise au Japon sont discrets sur leur rémunération, et qu'il est difficile de connaître leurs conditions salariales. Les actionnaires sont peu regardants sur ces questions. Ils ont une confiance aveugle dans les équipes dirigeantes des entreprises et n'exercent pas leur droit de regard. L'an dernier, des actionnaires de Toyota avaient pourtant défrayé la chronique en osant, lors de l'assemblée générale du constructeur, demander à connaître le montant des indemnités des 26 membres du conseil d'administration. A contrecoeur, Toyota avait avancé un chiffre global, sans entrer dans le détail.Il semble que le salaire d'un patron nippon soit moins éloigné de celui des cadres qu'en Europe ou aux Etats-Unis. L'égalitarisme demeure une vertu cardinale au Japon.Selon le coefficient de Gini, qui mesure l'écart entre les revenus, c'est au Japon que celui-ci est le plus faible. Pourquoi ? Parce que les entreprises japonaises fonctionnent encore comme de grandes bureaucraties, où l'intérêt de chacun est pris en compte, de l'actionnaire à l'employé. Les syndicats représentent l'ensemble du personnel, jusqu'aux cadres supérieurs, à tel point qu'il n'est pas rare que le directeur général de la société soit un ancien leader syndical. On retrouve cette tendance "communautaire" dans les conseils d'administration pléthoriques des grandes sociétés nippones. Cette structure aplatie, qui tend à disparaître aujourd'hui, joue sur les salaires de chacun. Elle est appréciée des Japonais. Selon une enquête réalisée par Business Week, les PDG des plus grandes entreprises américaines reçoivent une rémunération équivalant à 531 fois le salaire moyen de leurs employés. Au Japon ce ratio est de 10.Dans un tel contexte, les patrons ne reçoivent pas d'indemnité de départ mirobolante après avoir fait subir des pertes à l'entreprise. Ils s'appliquent cette jurisprudence en cas de scandale, bien sûr : la semaine dernière, Yoshiaki Tsutsumi, ex-directeur général du conglomérat Tokyu, parti dans la disgrâce après une série de scandales, a annoncé qu'il ne demanderait pas son indemnité de départ. Mais les patrons japonais renoncent également à leurs indemnités après, par exemple, des erreurs de gestion. L'an dernier, la banque Resona, cinquième établissement bancaire du pays, a reçu une injection de fonds publics de 2.000 milliards de yens ; en échange, les 29 membres du conseil d'administration ont rendu la totalité de leur indemnité de retraite à laquelle ils avaient droit...Régis Arnaud, à Tokyo

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