L'or brille à nouveau de tout son éclat

La "relique barbare" dont parlait l'illustre économiste de Cambridge, John Meynard Keynes, pour en signifier le rôle incongru dans l'économie moderne, connaît un retour en grâce. En ce début d'année, l'or s'est en effet affiché à plus de 560 dollars l'once, un sommet de plus de vingt-cinq ans. Depuis début 2001, il s'est apprécié de plus de 110 %. Plusieurs facteurs concourent à cette performance. Il y a eu tout d'abord l'affaiblissement depuis 2001 du billet vert face à plusieurs devises, dont l'euro et le yen. Les achats internationaux d'or étant libellés en dollar, les acheteurs japonais, européens ou canadiens ont reçu plus de métal pour la même somme. Cependant, la remontée de la devise américaine en 2005 a montré que le métal jaune s'en était émancipé. Une forte demande C'est du côté de la demande qu'il faut rechercher les raisons de l'appréciation actuelle du métal jaune. Pourquoi achète-t-on de l'or ? Parce qu'il est le symbole de la beauté éternelle et de la prospérité. La joaillerie est en effet son premier débouché. En 2005, sa part a représenté 68,5 % des 3.997 tonnes achetées à travers le monde, selon les dernières estimations du Gold Fied Mineral Service (GFMS), un consultant londonien indépendant dont les statistiques font autorité sur le marché aurifère. Avec 2.739 tonnes transformées en bagues, bracelets et autres broches, la progression entre 2004 et 2005 s'affiche à 4,6 %. L'Inde, habituel premier importateur mondial, en raison de l'importance de l'or dans la culture indienne, notamment pour les présents liés aux mariages, a vu sa demande totale bondir de 53,4 % au premier semestre 2005 comparé à celui de 2004. La Chine, l'Arabie Saoudite ou la Turquie ont également intensifié leurs importations, grâce à la bonne santé de leurs économies, qui affichent des taux de croissance supérieurs à 7 %. Et la libéralisation du marché de l'or dans les deux pays les plus peuplés du monde devrait favoriser les achats. L'embarras du choix L'autre fait marquant de la demande est le sentiment favorable des investisseurs. En 2005, ils ont acheté 263 tonnes de la "valeur refuge" par excellence, 6,2 % de plus qu'en 2004, selon le GFMS. "Même si les marchés d'actions offre une meilleure rentabilité en 2006, l'ensemble des marchés financiers resteront moins intéressants qu'au cours des années 90. Cela va pousser la demande d'or et de valeurs aurifères", assure Leo Larkin, analyste spécialiste de l'or chez Standard & Poors. Du petit porteur aux différents fonds d'investissement, l'heure est à l'or. Et il n'y a que l'embarras du choix aujourd'hui pour détenir de l'or. Cela va des fonds qui incorporent une part d'or aux actions adossées au métal (les "trackers"), en passant par les actions des groupes miniers. Très en vogue, les "trackers" ont vu leur volume passer de 200.000 onces début 2002 à plus de 8,5 millions d'onces en juin 2005. Aujourd'hui, il est même possible d'acheter de l'or physique par Internet via des plates-formes électroniques vendant et stockant le métal. À l'instar de celle de Realtime Forex, basée à Genève, qui, spécialisée dans les marchés des devises, offre à ses clients depuis la mi-2005 la possibilité d'acquérir des métaux précieux sur le marché au comptant 5 jours par semaine 24 heures sur 24. Preuve de cette nouvelle fièvre de l'or, sont apparus aux États-Unis et au Canada des comptes "monnaies or". Des établissements proposent des comptes libellés en grammes d'or qui correspondent à un volume réel entreposé en toute sécurité, offrant même la possibilité de régler certains achats par ce biais. Le plus populaire est l'e-gold.com, sur lequel près de 2,7 millions de comptes ont été souscrits. L'avantage est d'offrir une sécurité et des frais de gestion faibles, ainsi que de réintroduire l'or comme monnaie. Sous-investissement L'engouement pour le métal jaune ne risque-t-il pas cependant de retomber rapidement ? Du côté de l'offre, les volumes ne devraient pas grossir rapidement. Le secteur souffre du sous-investissement chronique de ces dernières années. Ainsi, alors que l'ensemble de la demande a progressé de 3,9 % l'année dernière, les extractions minières n'ont augmenté que de 1,2 %, à 2.494 tonnes. Plus spectaculaire, elles tendent à reculer chez les leaders du secteur. En Afrique du Sud, aux États-Unis ou encore en Australie, la production s'est érodée au rythme moyen annuel de 2 % entre 2001 et 2004. Pire, pour la seule année 2004, le recul est sévère : 5 %. Même si de nouveaux producteurs sont en train d'émerger, comme la Russie, la Chine ou certains pays d'Amérique du Sud, cela n'est pas encore suffisant. D'autant que les ventes des banques centrales occidentales, plafonnées par un accord, tendent à se tasser en raison du niveau élevé des prix.C'est d'ailleurs ce dernier facteur qui pousse à être prudent. À 560 dollars l'once, les achats aurifères pourraient marquer le pas, voire reculer dans le secteur de la joaillerie. Le GFMS prévoit une évolution des cours dans une bande comprise entre 490 et 550 dollars l'once au cours de ce premier semestre. Mais force est aussi de constater que, depuis 2004, les analystes ont été régulièrement amenés à réviser à la hausse leurs prévisions de cours. L'or pourrait donc continuer à nous éblouir. Robert Jules

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