Quel gilet de sauvetage pour les filières textiles ?

Le textile français file un mauvais coton. Mais les élus sont-ils capables de lui tricoter un gilet de sauvetage ? Le lent déclin de la filière s'est transformé depuis la fin des accords multifibres qui contingentaient les importations chinoises début 2005 en naufrage accéléré. L'Union des industries textiles (UIT) table sur 15.000 à 20.000 emplois perdus en 2005 dans le textile-habillement (après 17.000 en 2004, sur un total de 112.500 emplois début 2005). La fédération CGT Textile-Habillement-Cuir (THC) évoque de son côté 24.000 disparitions de postes.Savoir-faire localLe choc est rude dans des régions comme le Nord-Pas-de-Calais (17.700 salariés, 1.500 licenciements cette année), où le textile représente encore 10 % des emplois. S'y ajoutent parfois des crises locales dans la chaussure, autre secteur de la mode, comme à Romans-sur-Isère (Drôme). La capitale de la chaussure de luxe a essuyé en août la liquidation de Stéphane Kélian (143 emplois) et le dépôt de bilan de Charles Jourdan (430 personnes concernées).Face à ces déferlantes, les pouvoirs publics agissent le plus souvent en poussant à la reconversion, quitte à passer le savoir-faire local par pertes et profits. À Romans, une cellule de reconversion a ainsi été mise en place pour une durée de trois ans, avec 420.000 euros de crédits de l'État et la mise à disposition de quatre conseillers de l'ANPE. Le maire de la ville, Henri Bertholet, se dit certes convaincu que "la chaussure de luxe a encore un avenir dans la région", mais ne voit pas "comment freiner immédiatement l'érosion des effectifs".Même constat en Champagne- Ardenne où un plan de reconversion a été lancé, tout comme dans le Nord-Pas-de-Calais, où la région a débloqué 13 millions d'euros pour financer à 50 % les congés de reconversion des licenciés du textile, dans le cas où l'employeur serait défaillant.Autant d'initiatives qui ont le don d'agacer Maurad Rahbi, secrétaire général de la CGT-THC : "Il vaut mieux des aides à la reconversion que rien du tout, mais ce genre de plan ne remplacera pas une politique industrielle digne de ce nom en faveur de nos filières." La CGT réclame depuis plus d'un an la tenue d'états généraux du textile. L'organisation syndicale le fait avec d'autant plus de force que ses analyses pessimistes sur les conséquences de la fin des accords multifibres se sont avérées. "Le patronat tablait sur la délocalisation partielle vers la Tunisie ou le Maroc pour résister aux Chinois, rappelle Christian Larose, prédécesseur de Maurad Rahbi. Nous n'y croyions pas et nous avions raison, hélas."Pôle de compétitivité nationalLe syndicat se retrouve bien davantage dans l'approche offensive défendue en Rhône-Alpes. La première filière textile de France (19.000 emplois) affichait un taux de croissance supérieur à 5 % au premier trimestre 2005, grâce à son positionnement sur les textiles à valeur ajoutée. La région a obtenu la création d'un pôle de compétitivité national pour les textiles "techniques" baptisé Techtera, et envisage de faire profiter les 140 industriels ainsi fédérés des apports du pôle mondial grenoblois dédié aux nanotechnologies. La collectivité n'a pas attendu les plans sociaux pour mettre la main au porte-monnaie. Entre 2003 et 2005, les entreprises de textile locales ont bénéficié de 6,8 millions d'euros de crédits publics à la formation et à la modernisation, dans le cadre de contrats d'objectifs signés avec l'État.Erwan Seznec

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