L'Europe tente d'éviter les dérapages

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Lobbies et responsables politiques touchent du bois : ils estiment que les ingrédients d'un "cocktail Abramoff" ne sont pas réunis à Bruxelles. "Les entreprises ou organisations professionnelles ne sont pas sollicitées ici comme à Washington, souligne Catherine Stewart, vice-présidente de la SEAP (Society of European Affairs Professionals), qui a mis en place un code de conduite pour quelque 150 lobbies bruxellois. On ne demande pas de signer des chèques pour des associations parapolitiques." En effet, ni les commissaires européens, désignés par leurs capitales, ni les eurodéputés n'ont à mener de coûteuses campagnes électorales.Autre argument invoqué : le pouvoir bruxellois est très éclaté entre les vingt-cinq capitales, le Parlement et la Commission. Il ne serait donc tout simplement pas... rentable de soudoyer un responsable, en pensant qu'il détient la clé de la décision !Il n'empêche : malgré cette sérénité affichée, la Commission a bien senti qu'il valait mieux prévenir un dérapage, toujours possible dans une capitale où s'agitent quelque 15.000 lobbyistes et 2.600 groupes d'intérêts. "Une affaire Abramoff à Bruxelles serait la pire chose qui puisse nous arriver", reconnaît-on dans l'entourage du commissaire à la lutte antifraude, Siim Kallas. Dans quelques jours, ce dernier doit rendre public un livre vert appuyant son "initiative européenne en matière de transparence". Le commissaire estonien souhaite notamment que les associations professionnelles, groupes de réflexions et autres consultants mettent en place, de leur propre chef, un fichier exhaustif sur Internet. Il délivrerait les informations sur le financement de chaque groupe "afin de savoir qui paye quoi, pour agir sur qui", selon l'entourage du commissaire Kallas.Cette volonté de transparence n'est pas inutile, tant est grande la proximité entre le pouvoir européen et le monde des affaires. Par choix, Bruxelles permet aux lobbies de peser tout au long d'un processus de décision à rallonge. Consultation, livre vert, livre blanc, proposition de directive soumise au Parlement : autant de "rounds" pour les lobbies... Résultat : le chiffre d'affaires de ces marchands d'influence s'établirait dans une fourchette de 60 à 90 millions d'euros par an.Carrières menées des deux côtés. En outre, les membres des institutions européennes ne sont pas étrangers au monde des affaires. Certains responsables en sont issus, comme la commissaire Neelie Kroes, qui a siégé dans une trentaine de sociétés et se voit régulièrement reprocher des conflits d'intérêts. Ou l'eurodéputé Elmar Brok, anciennement en charge du développement média chez Bertelsmann.D'autres choisissent l'entreprise pour rebondir après l'épisode Bruxellois. En décembre, l'ex-commissaire à la Concurrence Mario Monti a rejoint la banque d'affaires Goldman Sachs. L'ancien commissaire allemand aux Télécommunications Martin Bangeman, avait, lui, fait grand bruit en 1999, lors de son recrutement par Telefonica.Grégoire Pinson, à Bruxelle

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