Un an après le "non", "les Français n'ont toujours pas de réponses à leurs questions"

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Un an après la victoire du non au référendum européen, comment jugez-vous l'état de la France ?- Par le non majoritaire il y a un an, les Français ont voulu exprimer une crainte sourde devant l'ensemble des problèmes auxquels ils se trouvent confrontés. La société française est partagée entre plusieurs sentiments. Elle est prête à accepter le changement et en même temps elle s'inquiète de ne pas savoir à quoi va ressembler l'avenir. Elle est face à la mondialisation, aux marchés, à l'Europe. Elle voit que le monde change sans voir les créneaux qui vont lui permettre de s'en sortir. La société attend que les décideurs économiques et politiques leur en disent plus sur le déchiffrage de cette situation complexe. Depuis un an, les Français n'ont toujours pas de réponses à leurs questions. Ils n'ont pas de réponses sur l'Europe, ils ne sont pas plus avancés dans le domaine de la politique intérieure puisqu'il n'y a pas eu de véritable changement, d'appel d'air. Non seulement en un an rien n'a changé, mais un an a passé... Cela aggrave le sentiment chez les Français que décidément les politiques ne répondent pas à leurs questions.On a le sentiment que les partis de droite comme de gauche n'ont absolument pas pris en compte les messages envoyés par les électeurs le 29 mai 2005. Comment l'expliquez-vous ?- C'est le mystère français. Cette année est le condensé du psychodrame de ces vingt-cinq dernières années. Cela fait vingt-cinq ans que les Français nous disent ce que sont leurs priorités. Le chômage d'abord. On leur dit que la situation s'améliore mais ils ne le croient pas. Les Français sont aussi attentifs aux inégalités sociales mais ils n'ont pas l'impression que la situation change. Ils sont préoccupés par la sécurité. Les Français qui mettent en avant ces priorités sont toujours aussi insatisfaits. Face à leurs problèmes, ils ont le sentiment que les politiques sont autistes, qu'ils continuent leur petit jeu, qu'ils sont dans les affaires et sont incapables d'être en phase avec eux. Le ras-le-bol est très fort après quatorze ans de "mitterandie" et douze ans de "chiraquie". L'attente d'un changement est forte.Quelles vont être les conséquences de cette situation pour la présidentielle de 2007 ?- Le ras-le-bol provoque de la désaffection, donc de l'abstention. Aujourd'hui, selon nos estimations, l'abstention atteindrait 35 % à 38 % au premier tour de la présidentielle de 2007, avec un intérêt pour la politique et la campagne plus faible que lors des précédents scrutins. Le premier effet des événements de l'année écoulée - les affaires, le CPE, Clearstream etc. -, c'est l'éloignement des citoyens de la vie politique. Le deuxième effet, c'est le renforcement du Front national. Le Pen recueille aujourd'hui entre 13 % et 14 % des intentions de vote au premier tour. Ce sont les chiffres les plus forts jamais atteints hors campagne, sachant que ces chiffres montent pendant la campagne.Et le rapport gauche-droite ? - On continue à avoir un match assez incertain entretenu par le phénomène personnel de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Deux personnes qui redonnent un peu de tonus et de vivacité aux espoirs des Français car elles symbolisent toutes les deux un changement de génération et la volonté de parler des problèmes de la société française et de la vie quotidienne. Que ce soit la société multiculturelle, l'islam, l'ordre, l'autorité, les valeurs de la famille, etc. Nous avons là deux candidats qui ne parlent pas seulement des grands problèmes sociaux, économiques et politiques mais qui essaient aussi de donner des repères sociétaux.Pensez-vous que le fait que Ségolène Royal soit peu intervenue lors du débat sur le référendum joue un rôle dans sa popularité actuelle ?- Je ne le crois pas. Ce qu'ont dit les gens lors du référendum - se situant quelque part entre Jeanne d'Arc et Napoléon -, c'est déjà loin. Par le non, les Français ont dit non aux pouvoirs. Il ne s'agit pas d'acte fondateur mais plutôt des suites de messages négatifs. La façon dont les leaders se sont prononcés à l'époque n'est pas essentielle. Les leaders du non tous ensemble représentent 55 % du vote. Chacun dans leur camp n'ont aucune chance aujourd'hui.Même Fabius ?- Surtout pas Fabius. Aujourd'hui, les électeurs socialistes du non le placent loin dans la liste de leurs candidats préférés pour la présidentielle. Le non a été important. Il y a eu une jouissance de la société française à dire non. Mais ce n'était pas une référence fondamentale pour les gens.Peut-on voir un lien entre l'expression du non au référendum et les crises sociales qui ont eu lieu ensuite, les banlieues d'abord, le CPE ensuite ?- Oui, tous ces mouvements relèvent de la protestation. La société a l'impression de ne pas être entendue, que ses attentes ne sont pas prises en compte par les décideurs et elle éclate. Il ne s'agit pas d'une situation prérévolutionnaire. Nous ne sommes pas en 1788. Il n'y a pas de moteur global qui allumerait tous les feux dans le même sens. Mais il y a une volonté de faire savoir que cela ne va pas. Le référendum, les banlieues, le refus du CPE, l'addition de tous ces événements est la preuve du mécontentement de la société française. Ce n'est pas un mouvement dont qui que ce soit sur le plan politique puisse aujourd'hui être le bénéficiaire car il n'y a pas de moteur commun.Est-ce que l'Europe va prendre une place importante dans le débat de la présidentielle ?- Évidemment non. Et pourtant, les Français en auraient bien besoin. Ils savent que l'Europe, c'est leur avenir. Ce ne sera pas au coeur de la campagne car dans chaque camp, il faut bien séduire des oui et des non. C'est plutôt une invitation à rester vague. C'est encore une question qui n'aura pas de réponse.Propos recueillis par Delphine Girard

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