Alistair Darling : " La crise des marchés financiers est sérieuse et exige une action rapide "

Quels sont pour Londres les objectifs de la réunion d'aujourd'hui ?Dans le cadre de leur rôle au sein du G7 et en Europe, les quatre pays partagent l'objectif de faire tout leur possible - d'une part au niveau des gouvernements, d'autre part au niveau des banques centrales - pour trouver une issue à la crise des marchés financiers et éviter d'autres crises à l'avenir. Il existe un bon degré de consensus entre nous sur le fait que la responsabilité première de la stabilité d'une banque ou d'un établissement financier repose sur son conseil d'administration. Mais il faut aussi que le cadre réglementaire et de surveillance soit adéquat.Concrètement, que suggérez-vous ?Les entreprises financières doivent mettre en place des mécanismes efficaces d'évaluation des risques et être plus transparentes sur leur exposition aux produits complexes, notamment les titrisations de dette placées hors bilan. Les régulateurs doivent veiller sur les ratios de solvabilité d'une banque, mais aussi sur sa liquidité. Le rôle des agences de notation doit être précisé, afin que la note soit un outil à disposition d'une institution et non le seul instrument de son évaluation. Enfin, il est essentiel de renforcer les mécanismes d'alerte au sein du Fonds monétaire international.Des décisions sont-elles à attendre aujourd'hui ?Notre objectif premier est de joindre nos efforts, sachant que nous ne disposons pas de beaucoup de temps. La crise des marchés financiers est sérieuse et exige une action rapide. Nous affrontons un problème énorme. Nous en discuterons encore à la réunion du G7 à Tokyo en février et au FMI.Vous avez évoqué les banques centrales. Quel doit être leur rôle ?Chaque banque centrale doit apprécier son action en fonction des réalités locales. Pour avoir un aperçu complet de la crise du crédit, il faudra attendre que les banques en Europe publient leurs résultats annuels. Mais le signal qui a été envoyé aux marchés en décembre, lors de l'action conjointe de cinq banques centrales, a été fort et positif. Cette coordination ne peut être que bénéfique. Pourtant, cette coordination n'a pas toujours été évidente. À l'été 2007, la Banque d'Angleterre s'est ostensiblement distinguée de la BCE ou de la Fed en refusant d'injecter des liquidités sur le marché monétaire...Les conditions étaient alors différentes selon les pays. Dans la zone euro, la BCE avait en vue le système bancaire en général, alors qu'au Royaume-Uni il était question de secourir une banque en particulier [Northern Rock]. Le problème étant pour nous d'injecter de la liquidité dans tout le système et espérer que les fonds parviennent à l'établissement en question, ou bien d'aider celui-ci séparément ? Aux États-Unis, le problème était plus pressant encore, vu l'impact de la crise du crédit sur le marché immobilier. Ce que les marchés souhaitent avant tout, c'est de savoir que les banques centrales ont conscience des problèmes. J'ajoute que les autorités doivent faire leur part du chemin, mais il revient aux entreprises d'être plus transparentes vis-à-vis du marché.Faut-il imposer aux banques cette transparence ?Chaque pays a ses règles en matière de transparence. Ce que les gouvernements peuvent faire c'est d'encourager les sociétés à dévoiler aussi vite que possible, dans l'intérêt général, leur exposition à la crise du crédit. Mais il faut éviter à tout prix des excès de régulation. Pour avoir adopté une loi aussi rigide que la Sarbanes-Oxley, les États-Unis ont fait fuir le business international. Je préfère une régulation proportionnée, basée sur des règles générales. Envisagez-vous une approche commune sur les fonds souverains ?La question n'est pas à l'ordre du jour. Mais la position britannique est claire : nous sommes une économie ouverte et nous accueillons volontiers ces fonds dans la mesure où ils respectent les règles du jeu du marché. Nous serions alarmés si ces fonds suivaient une logique politique et non commerciale.Où en est l'économie britannique ? Un ralentissement important est attendu en 2008...En octobre j'ai revu à la baisse [à 2-2,5 %] les prévisions de croissance pour cette année, pour tenir compte de l'impact de la crise du crédit. Mais les fondamentaux de l'économie britannique restent solides : faible inflation, taux d'intérêt historiquement bas, marché de l'emploi tonique. Le ralentissement du marché immobilier pourrait même s'avérer positif, pour calmer l'inflation. La Banque d'Angleterre a en tout cas une autonomie complète dans la politique monétaire. Par rapport aux crises du passé, nous avons aujourd'hui plus de marge pour réagir aux difficultés. Je reste aussi très optimiste sur les perspectives de croissance de l'économie mondiale.ParcoursNaissance en Écosse en 1953, diplômé de l'université d'Aberdeen en 1976, Alistair Darling est devenu député travailliste en 1987 après un début de carrière d'avocat. Proche de Gordon Brown, il a occupé plusieurs postes gouvernementaux depuis 1997 : ministre des Retraites et du Travail, ministre des Transports puis ministre du Commerce. Il a été nommé chancelier en juin 2007.

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