L'OMC peine à remettre le cycle de Doha sur les rails

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Le conseil général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'ouvre sur une note pessimiste aujourd'hui à Genève. Alors que se prépare le passage de témoin entre l'actuel directeur général de l'institution, Supachai Panitchpakdi, et Pascal Lamy, qui prendra effectivement la tête de l'OMC le 1er septembre, les gros dossiers négociés dans le cadre du cycle de Doha (aides multiples à l'agriculture, accès au marché des biens industriels, libéralisation des services...) menacent de retomber dans une torpeur toute estivale... Hier, le responsable des négociations commerciales, Tim Groser, a avoué n'avoir enregistré jusqu'ici aucun des progrès attendus dans son domaine, qui conditionne en bonne partie le reste.Au début du mois, le sommet du G8 à Gleneagles avait pourtant réveillé l'espoir que soit remis sur les rails ce cycle dit du développement, dont la Banque mondiale espère un revenu additionnel de 350 milliards de dollars s'il est conclu dans une optique "pro-pays pauvres". Mais pour se rapprocher d'une première "approximation" générale d'un accord, objectif jugé essentiel pour faire du conseil ministériel de Hong Kong, fin décembre, un rendez-vous fructueux, les efforts à fournir paraissent très importants.Proposition de barème. Une fois de plus, l'agriculture focalise l'attention des négociateurs, bien qu'elle ne représente que 11 % des échanges de biens. Les pays en développement, dont la majorité de la population est encore rurale, continuent de reprocher aux pays riches d'aider leurs agriculteurs. En tête du "hit-parade" de la distorsion de concurrence, les subventions à l'exportation agricole qui asphyxient les agricultures du Sud.Lors de la mini-ministérielle de Dalian (Chine), le G20 (Brésil, Inde...) a proposé une formule de baisse des droits de douane agricoles selon un barème à cinq étages, considérée par l'Union européenne (UE) comme base de travail. Celle-ci l'a depuis affiné à l'extrême en proposant trois étages avec, à l'intérieur de chacun, un taux moyen de réduction des droits de douane laissant aux Etats le choix de répartir les efforts entre leurs différents produits, explique un diplomate.Mais l'UE a beau se prévaloir de ces propositions, elle est pointée du doigt par d'autres négociateurs qui l'accusent de continuer à protéger certains de ses produits (boeuf, produits laitiers). Que reste-t-il des promesses du G8 de supprimer à une "date crédible" les différentes formes de subventions à l'exportation, sans omettre les crédits à l'exportation accordés aux paysans américains, ou encore les oligopoles commerciaux d'Etat comme en Australie ou au Canada ?La mobilisation américaine pour ce conseil général est en partie distraite par la discussion à la Chambre des représentants sur le projet d'accord de libre-échange avec l'Amérique centrale, qui suscite bien des inquiétudes parmi les Etats américains producteur de sucre et de textiles : ceux-ci craignent pour leurs emplois et tentent de résister, comme le font les cotonniers américains qui bénéficient de subventions à l'exportation - pourtant condamnées par l'OMC.Développement. "La Maison-Blanche peut difficilement demander des efforts à ses agriculteurs à la fois pour débloquer le cycle de Doha et pour l'accord avec l'Amérique centrale", explique un diplomate. Pour sa part le représentant américain au commerce, Rob Portman, n'arriverait qu'en fin de semaine à Genève.Pour l'ONG Oxfam International, "les intérêts des pays développés prennent le pas sur le développement dans les négociations commerciales", ce qui "marginalise les préoccupations relatives au développement et met en danger le cycle", dont la conclusion est fixée à fin 2006.Laurent ChemineauLes points de blocageagriculture : posent problème le choix d'une date de suppression des subventions à l'exportation, le rythme de baisse des soutiens internes et une formule de baisse des droits de douane qui frappe davantage les droits élevés. biens industriels : même quête de formule de baisse des droits de douane. services : Européens et Américains visent l'ouverture de nouveaux marchés (télécommunication...), mais les pays du Sud hésitent.

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