Jean Lemierre : "Moderniser les réseaux énergétiques russes"

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La Berd s'apprête à augmenter ses investissements en Russie. Dans quelle optique ?- Nous prévoyons de porter les investissements en Russie de 1,1 milliard d'euros en 2005 à 1,6 milliard voire plus en 2010. Il est vrai que la Russie est riche en pétrole et en gaz et que ses recettes augmentent aujourd'hui grâce aux hydrocarbures. Mais les problèmes restent nombreux. Je vois quatre champs d'actions : les infrastructures, notamment énergétiques, la diversification de l'économie à travers le soutien aux entreprises, le système bancaire, les collectivités locales, qui pourvoient souvent aux besoins essentiels de la population.Quel genre d'investissements la Berd va-t-elle réaliser dans les infrastructures ?- Il s'agit de moderniser les réseaux énergétiques (oléoducs, gazoducs, systèmes de transmission électrique), ainsi que les grands axes de transport (routes, ports...). La Russie commence à développer dans ce domaine les partenariats public privé (PPP), ce que nous encourageons. Un élément tout à fait essentiel est l'efficience énergétique. Les 27 pays de la Berd utilisent dans l'ensemble 7 % de plus d'énergie pour leur produit intérieur brut (PIB) que l'ancienne Union européenne (UE) à quinze.N'êtes-vous pas inquiet de la reprise en main de l'économie russe par le Kremlin ?- D'un côté, l'État russe intensifie indubitablement son intervention dans l'économie, ce qui toutefois ne me surprend pas dans le cas de l'énergie : même en Europe occidentale, les pouvoirs publics contrôlent souvent les infrastructures. De l'autre, on assiste tout de même à une diversification du tissu économique, avec l'émergence d'un secteur privé et une ouverture aux impor- tations. C'est cet équilibre qu'il faut assurer.Où voyez-vous cette diversification ?- Le secteur automobile est un bon exemple. L'État intervient de plus en plus pour protéger et financer ses entreprises, mais en même temps il ouvre la porte aux constructeurs étrangers, qui sont très présents en Russie, et aux importations. Grâce au rouble fort, acheter une voiture étrangère est devenu moins cher.Les chancelleries occidentales sont-elles trop critiques vis-à-vis de Poutine ?- La question qui se pose à la Russie est de bien expliquer le sens des affaires, afin que les investisseurs aient une vision claire des choses. Je note que cette volonté d'explication est présente, car les autorités russes, en suivant l'exemple chinois, se situent dans la perspective de l'adhésion du pays à l'Organisation mondiale du commerce.Le chantage énergétique, par la fermeture des robinets du gaz à l'Ukraine et à d'autres voisins, ne compromet-il pas cette évolution ?- La question est aussi bien politique qu'économique. Il existe en effet un problème de méthode et de tendance. Cette dernière fait que tous les pays doivent s'adapter à vivre avec des prix de l'énergie alignés aux valeurs de marché. L'Ukraine ne peut pas penser qu'elle aura toujours du gaz à bas prix. Elle doit se préparer à la réalité d'une énergie chère, par exemple, encore une fois, en améliorant son efficience énergétique. C'est aussi un enjeu de compétitivité de son économie. La Berd va d'ailleurs accroître de près de 50 % ses investissements en Ukraine cette année.Quel jugement portez-vous sur les autres pays de l'ancienne URSS ?- Nous voyons des progrès dans la transition au Kazakhstan, où la richesse en hydrocarbures se couple là aussi à une certaine diversification économique. Ce pays est aussi en train de développer une approche géopolitique équilibrée entre la Russie et la Chine. Nous voyons plus de problèmes au Turkménistan et en Ouzbékistan.Propos recueillis à Londres par Andrea Morawski (La Tribune) et Dirk Heilmann (Handelsblatt)

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