Giyas Gökkent : " L'essentiel de la croissance va venir du secteur non pétrolier"

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Le boom économique des pays du Golfe est-il durable ou simplement conjoncturel ?Les économies de la région connaissent un changement qui est totalement structurel. Bien sûr, la hausse des prix du pétrole procure plus d'aisance financière, mais leur diversification est une réalité avec le développement du tourisme, de la banque, de l'immobilier et des services aéroportuaires, sans oublier l'industrie lourde. Au cours des cinq dernières années, le secteur des hydrocarbures n'a progressé en moyenne que de 4 % contre une croissance de 10,5 % pour le non-pétrolier, ce dernier contribuant d'ores et déjà à 80 % au taux de croissance réel des pays du Golfe. Désormais, l'essentiel de la croissance va venir du secteur non pétrolier, d'autant que celui des hydrocarbures connaît une relative stagnation en raison de l'insuffisance des capacités de production.La diversification de l'économie a longtemps été un slogan creux dans la région. Qu'est-ce qui a fait qu'elle est devenue une réalité ?Les politiques d'ouverture libérales sont à l'origine du développement foudroyant des secteurs non pétroliers. Prenez la décision des Émirats arabes unis d'autoriser la vente de logements à des investisseurs étrangers. C'est cela qui a contribué, entre autres, à l'explosion de l'immobilier dans tous les pays. Cela a drainé des capitaux étrangers et favorisé l'émergence de sociétés locales de construction.On a tout de même l'impression que la diversification suit le même chemin dans chaque pays du Golfe...C'est vrai, il y a une tendance à la duplication des recettes qui marchent, mais c'est normal pour des pays dont les économies se ressemblent. On assiste par exemple à l'apparition de plusieurs compagnies aériennes qui essaient toutes de se positionner en tant que charnières entre l'Europe et l'Asie. À terme, il y aura certainement un problème de surcapacités, mais je ne crois pas que cela sera le cas pour d'autres secteurs, comme la construction ou bien les services logistiques où la demande est loin d'être satisfaite.Les monnaies de la région vont-elles être réévaluées pour maîtriser l'inflation ?C'est peu probable dans l'immédiat, même si le dilemme est grand pour les banques centrales. Alors que les taux d'intérêt réels sont négatifs, elles sont obligées de suivre la Réserve fédérale américaine quand elle baisse ses taux, avec ce que cela implique en termes d'augmentation de la liquidité. Il est probable que les banques centrales du Golfe font le pari que le dollar va arrêter de s'affaiblir, c'est notamment le cas en Arabie Saoudite. C'est pour cela que le peg qui lie les devises régionales avec le dollar ne sera pas supprimé.Il peut tout de même être modifié ?C'est possible, mais là aussi les banques centrales sont devant une décision délicate. Si la surévaluation des monnaies du Golfe est minime, alors le marché va spéculer sur de nouvelles modifications. À l'inverse, si elle est importante, alors le risque existe qu'elle provoque un mouvement général de défiance sur le dollar, ce dont personne ne veut dans la région puisque l'essentiel des avoirs financiers est encore libellé dans cette devise.

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