Arabie Saoudite : questions autour d'une « régence »

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Un grain de sable peut enrayer une machine complexe. Implicite et diffus, ce sentiment est néanmoins répandu au Moyen-Orient après l'annonce de l'intérim officiel du pouvoir à Riyad. Car personne n'est dupe : le fait que le prince héritier Abdallah assure depuis lundi la gestion des affaires de l'Etat saoudien « durant la convalescence » de son demi-frère, le roi Fahd, n'est rien d'autre qu'une régence qui annonce la succession d'un homme gravement diminué par sa récente embolie cérébrale. En soi le processus est rassurant. Notamment pour les monarchies du Golfe qui vivent toutes dans la hantise de successions non maîtrisées. Surtout dans le cas de l'Arabie Saoudite qui domine politiquement, économiquement et religieusement l'ensemble du monde arabe. Et qui conduit une stratégie « centriste » au regard des multiples déchirures qui caractérisent la région : conflit arabo-israélien, guerre du Koweït, relations avec l'Irak, l'Iran, l'intégrisme musulman et... l'Occident. Autant dire que la moindre inflexion entre la ligne politique suivie par le roi Fahd et celle qu'emprunterait son probable successeur risquerait d'enclencher une chaîne de conséquences aux résultats difficilement prévisibles. Les interrogations à propos du prince Abdallah sont de plusieurs ordres. - Plus « arabe », moins « occidental » ? C'est ainsi qu'on le présente en Israël où l'on se remémore ses critiques voilées à propos du déploiement précipité de l'armée américaine en Arabie Saoudite avant la guerre du Golfe. Un déploiement qu'il jugeait alors choquant pour la sensibilité religieuse des musulmans. Cela dit, on note également à Jérusalem que le prince Abdallah pourrait jouer un rôle positif important dans les négociations de paix engagées avec la Syrie : il entretient en effet des relations très étroites avec le président syrien Hafez el-Hassad. En revanche, il devrait freiner certains pays du Golfe, comme le Qatar ou le Bahreïn, qui souhaitent nouer au plus vite des relations avec l'Etat hébreu. - Hégémonique ? En décembre, à Mascate, représentant son pays au Conseil de coopération du Golfe (CCG), le prince Abdallah n'a guère fait preuve de souplesse et a réaffirmé le leadership saoudien en imposant la énième nomination d'un compatriote au poste de secrétaire général. Du coup, le Qatar a boycotté - fait inédit - la séance finale du CCG, voulant réaffirmer son autonomie en matière de politique étrangère, en particulier dans sa volonté de rapprochement avec l'Iran. Autre fait inquiétant pour le Qatar : la réception en grande pompe qui se déroule actuellement à Riyad de l'ancien émir Qatari déposé l'an dernier par son propre fils. - Allié des fondamentalistes ? Chef de la garde nationale composée de bédouins traditionalistes, connu pour son respect rigoureux des préceptes du Coran, Abdallah ne prend guère de distance vis-à-vis des intégristes musulmans. Au contraire : en Algérie, depuis le début des années 80, le prince a financé le mouvement islamiste de Mahfoud Nahnah, permettant ainsi l'envoi de plusieurs dizaines de volontaires en Afghanistan, ceux-là mêmes que l'on retrouve aujourd'hui dans le GIA. C'est toujours par son entremise que le FIS obtient, dès sa création en 1989, un financement régulier qui sera interrompu en février 1991, après que les dirigeants islamistes algériens eurent décidé de céder à leur base en soutenant Saddam Hussein. A l'époque, le prince Abdallah évitera de prendre position contre le FIS... En Tunisie, le mouvement interdit de la Nahda de Rachid Ghanouchi (en exil à Londres) bénéficie du soutien du prince. Le régime du président Ben Ali n'ose pas trop protester car les capitaux saoudiens sont importants pour l'économie tunisienne. Reste que, pour beaucoup de Saoudiens, le prince pourrait gommer la mauvaise conscience qui règne dans le royaume depuis la guerre du Golfe. Et ses convictions fondamentalistes pourraient lui permettre de contrer la double contestation politique qui ne cesse de monter dans son pays. Akram Helyas (Alger), Christine Murris (Qatar), Pascal Lacorie (Jérusalem) et Daniel Vigneron

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