Splendeur passée

L'ex-fleuron de l'industrie américaine triomphante n'en finit pas de décliner. Hier, General Motors a de nouveau annoncé des pertes abyssales, de 1,6 milliard de dollars au troisième trimestre. Celles-ci ajoutées à celles du premier semestre, le déficit atteint quelque 3 milliards de dollars. C'est évidemment considérable. Cela signifie, tout simplement, qu'à chaque voiture vendue GM perd plusieurs milliers de dollars... Et rien n'y fait : les remises record, censées permettre de reconquérir des parts de marché, n'ont servi qu'à creuser le trou dans lequel le premier constructeur automobile mondial continue de s'enfoncer. La situation financière, plombée par l'inextricable écheveau lié aux retraites des salariés de General Motors, est à l'avenant : environ 300 milliards de dollars de dette, la moitié du déficit commercial américain. Même le malade chronique Chrysler s'en sort mieux. Les difficultés de GM sont en grande partie liées aux coûts de dépenses de santé, pour le groupe, qui assure ses propres salariés, comme les autres grands constructeurs de Detroit. Mais c'est l'arbre qui cache la forêt. Car en réalité, le constructeur américain, spécialiste des gros 4X4 et pick-up qui hier faisaient ses choux gras, n'a pas vu venir le tournant des années 2000 : les Américains, comme les autres acheteurs d'automobiles dans le monde, ont fini par prendre conscience de la rareté grandissante de l'essence, et donc de sa cherté proportionnellement galopante. Le cercle vicieux a fini de se refermer quand les consommateurs se sont aperçus que, faute de moyens, les multiples marques de General Motors étaient souvent de piètre qualité, construites à l'économie et reposant sur des technologies vieillissantes. Tout le contraire des canons de construction japonais, avec un Toyota qui fait des ravages outre-Atlantique et devrait probablement ravir à General Motors la place de premier constructeur mondial d'ici un an ou deux. Mais si Detroit pleure la splendeur passée de ses Big Three, il serait, en revanche, hasardeux de les enterrer trop vite, et notamment une entreprise aussi emblématique que General Motors. Car l'Amérique a déjà su prouver, par le passé, que son patriotisme économique pouvait être efficace.

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