Secret d'État

Avec les codes nucléaires, la liste des grands bénéficiaires des aides agricoles européennes est sans doute l'un des secrets les mieux gardés de notre République. Pour combien de temps encore ? Dans un effort louable de transparence, nos voisins publient à tour de rôle l'usage qu'ils font des subsides agricoles européens. On peut certes s'étonner qu'il ait fallu attendre aussi longtemps pour en arriver là ; mais il faut se réjouir de cette franchise - même tardive - car elle va permettre de juger du bon usage de sommes considérables qui représentent près de la moitié du budget de l'Union européenne. Et la France ? On ne peut que regretter qu'au titre de principal bénéficiaire de la politique agricole commune elle n'ait pas jugé politiquement judicieux de prendre la tête de cette croisade pour la transparence. Sa voix dans le concert européen en eût été renforcée à un moment où elle en a besoin. Il n'est pas encore trop tard pour s'amender. Et le gouvernement s'honorerait en n'attendant pas, pour communiquer ses propres chiffres, que tous les autres membres de l'UE l'aient fait avant lui. Il ne s'agit pas bien entendu de voyeurisme ou de dénoncer de quelconques profiteurs. Mais s'agissant de deniers publics, l'opinion européenne, et française, a le droit de savoir qui touche combien, et à quel titre. En ces temps de difficultés budgétaires pour l'Union, il est plus que jamais légitime que chacun puisse vérifier l'utilisation qui est faite des fonds communautaires et s'assurer, notamment, que l'effort financier en faveur de l'agriculture européenne - et française en particulier - est bien dirigé vers ceux qui en ont le plus besoin. Les éléments d'information qu'apporte aujourd'hui "La Tribune" soulignent l'urgence d'un changement de philosophie de la PAC. Aujourd'hui comme hier, la règle demeure "plus on est gros, plus on touche". Les aides européennes ont-elles pour vocation de garnir les caisses des gros concessionnaires de berlines haut de gamme des grandes régions céréalières ? Ou bien doivent-elles donner aux exploitants agricoles modestes les moyens de continuer à vivre de et pour la terre sans risquer la saisie et l'expulsion au moindre aléa climatique sérieux. Si la tentative de transparence en cours permettait d'ouvrir ce débat, elle aura servi à quelque chose.

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