Acteurs ou spectateurs ?

Même s'ils n'en ont pas toujours conscience, c'est une révolution qui se prépare cette semaine pour 15 millions de salariés, si les partenaires sociaux parviennent à s'accorder sur une réforme du marché du travail. Au terme de trois mois d'échanges, marqués par une méfiance réciproque, la probabilité pour que centrales syndicales et associations patronales trouvent un terrain d'entente semble assez éloignée. Mais il n'est pas rare, dans les grandes négociations sociales, que l'approche d'une date couperet permette de faire évoluer des positions figées. En sera-t-il de même cette fois-ci ? Aucun des deux camps, en tout cas, n'a intérêt à l'échec. D'abord, parce que cela démontrerait que les partenaires sociaux n'ont pas su assumer leurs responsabilités et que le dialogue social est impuissant à faire avancer les réformes dont le pays a besoin. Ensuite parce que, en cas d'échec, le gouvernement se tient prêt à imposer une modernisation du marché du travail par la voie législative. Dans cette hypothèse, syndicats et chefs d'entreprise deviendraient les spectateurs d'un processus où ils ne contrôleraient plus rien. La frange la plus libérale du patronat pourrait être tentée de laisser la main à un gouvernement et à un président qu'elle croit acquis à ses thèses pour imposer une réforme radicale. Mais, sur un sujet aussi sensible pour les électeurs, il n'est nullement certain que les parlementaires les suivraient sans broncher. La partie syndicale a, elle aussi, ses extrêmes, que la perspective d'un éventuel accord remettant en question les règles actuelles du contrat de travail met mal à l'aise. Mais, dans leur ensemble, les organisations syndicales ont pleinement conscience que le statu quo conduit à un marché du travail à deux vitesses de moins en moins justifiable. Les principes d'un marché sont déjà acceptés par les deux parties : un contrat de travail moins rigide à l'entrée et à la sortie, en échange de garanties pour le salarié licencié qu'un changement d'emploi ne sera plus synonyme de drame personnel et familial. À chacun maintenant de se montrer mesuré dans ses exigences pour que le dialogue social fasse la preuve de son utilité.

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