Monument en péril

Ce fut sa plus brève réponse. Mais, singulièrement, c'est aussi celle qui a fait le plus de tintamarre. Sur le moment, cette sobriété confinant au minimalisme a pu surprendre de la part d'un président qui ne nous a guère habitués à autant de concision. " Pour dire les choses comme [il les] pense, oui ", Nicolas Sarkozy souhaite tirer un trait sur les 35 heures cette année. Et là, inutile de préciser que " c'est du sérieux " car personne n'en doute ! La nouveauté n'est d'ailleurs pas qu'il le pense - qui, dans ce pays, peut ignorer les sentiments de l'occupant actuel de l'Élysée à l'égard du monument législatif légué par Martine Aubry ? - mais bien qu'il le dise aussi crûment et sans les précautions oratoires dont il use d'ordinaire. Est-ce parce que, à ses yeux, cela ressort de l'évidence ? Tout bien considéré, le chef de l'État n'a pas dit grand-chose mais c'est déjà trop pour certains et pas assez pour d'autres. Trop pour ceux qui avaient cru entendre le même président qualifier les 35 heures d' " acquis social " qu' " il n'est pas question de supprimer ". Pas assez pour ceux qui imaginent déjà de noirs desseins derrière le laconisme présidentiel. En réalité, comme le gouvernement s'y est employé depuis des mois, il existe de multiples manières de vider les 35 heures de leur contenu tout en conservant une durée légale du travail formelle mais qui sera, on le pressent, de moins en moins la règle. Sur ce point, la sincérité des collaborateurs du président chargés de clarifier a posteriori la " pensée " élyséenne est presque désarmante. Non, il n'est pas question de toucher à la façade - la durée légale du travail - classée patrimoine social mais de pouvoir tout démolir derrière afin de libérer le travail ainsi que le souhaite le président. En langage technocratique, on parlera de " déroger " aux lois Aubry par des accords collectifs négociés dans les branches professionnelles ; voire au niveau de chaque entreprise. Cela posera tôt ou tard un problème quant à la façon dont on calculera demain les heures supplémentaires. Mais nul doute que s'ils n'ont déjà la réponse, le chef de l'État et ses collaborateurs vont s'efforcer de la rechercher sans tarder... Car les salariés français et les entreprises l'attendent avec impatience.

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