À vos ceintures

Accrochez vos ceintures ! Le montant des pertes que vient d'annoncer Citigroup, à près de 10 milliards de dollars pour le seul quatrième trimestre 2007, celui, astronomique - 18 milliards de dollars ! - des dépréciations d'actifs pour la même période donnent une idée précise et affolante de la chute vertigineuse des comptes des banques américaines. L'impact est d'autant plus spectaculaire que Citigroup n'est pas un quelconque établissement financier spécialisé dans les crédits immobiliers à haut risque. Non, il s'agit au contraire de la première banque mondiale, respectable s'il en est, et dont l'activité dépasse et de loin le seul secteur immobilier. L'autre donnée clé des comptes de Citigroup au dernier trimestre, non moins vertigineuse, c'est le plongeon de 70 % de son produit net bancaire. C'est un peu comme si Saint-Gobain voyait demain son chiffre d'affaires chuter des deux tiers... C'est dire si la crise des subprimes est à prendre au sérieux, notamment en ce qu'elle provoque comme dégâts collatéraux sur l'activité classique des établissements financiers. On comprend mieux, du coup, la soif de recapitalisation urgente que manifestent ces mêmes firmes. Pour Citigroup, les besoins d'argent frais se sont élevés à... 22 milliards en moins de trois mois. Merrill Lynch, qui avait déjà sollicité le fonds souverain de Singapour en décembre pour 6,2 milliards de dollars, a de nouveau passé la sébile hier, en levant 6,6 milliards supplémentaires... Ces chiffres colossaux amènent à trois remarques. La première, c'est que personne ne peut imaginer désormais que la crise des subprimes appartient au passé. Dans les semaines qui viennent, les mauvaises nouvelles vont continuer de s'égrener. Et il faudra probablement attendre au mieux la fin du premier semestre 2008 pour mesurer l'étendue des dégâts. Deuxième remarque, il est utopique, ou naïvement inconscient, de continuer à faire semblant de croire que les établissements financiers européens, y compris français, passeront au travers des gouttes. Autant y préparer les esprits : il y aura des dégâts, chez nous aussi. Enfin, les dirigeants de nos économies occidentales, si prompts à dénoncer le machiavélisme supposé des fonds souverains, feraient mieux de réviser leur jugement : sans eux, qui se porterait au secours d'une finance mondiale aussi chancelante ?

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