Chiens et chats

Jacques Attali aura eu le mérite de se démener, de clamer urbi et orbi que son rapport est un tout et qu'il ne saurait être efficace que si l'intégralité des propositions qu'il émet est mise en oeuvre, d'affirmer dans "Le Monde" que, pour se réclamer de ce travail, " il faudra en respecter la cohérence interne " ... Mais rien n'y fera : il n'est pas dans les habitudes de la République de se laisser dicter sa conduite, surtout quand celle-ci risque d'être impopulaire. Nicolas Sarkozy va donc faire ses choix, comme il l'a d'ailleurs tout de suite assené à l'ex-sherpa de François Mitterrand : de ce rapport, il en retiendra l'" essentiel ". C'est tout dire. Car la notion d'essentiel, selon qu'il s'agisse de politique ou de réformer la France, peut recouvrir des significations diamétralement opposées. Au fond, Jacques Attali, qui n'est pas né de la dernière pluie, ne se fait pas d'illusions : raison et politique font rarement bon ménage, réalisme et électoralisme riment, mais sont comme chiens et chats. Se fâcher avec les pharmaciens et autres professions protégées, envisager de supprimer les départements et de regrouper les communes ? Voilà déjà un premier lot de mesures " indispensables " sacrifiées sur l'autel des... élections municipales. Il y a donc de bonnes raisons de craindre que, au gré des discussions au sein du gouvernement et dans les rangs des assemblées, le rapport Attali perde encore quelques plumes. Le tout étant de savoir jusqu'où sera déplumé le volatile. La France aime bien ce genre d'exercice : confier à des esprits indépendants la tâche méritante de réfléchir à la réforme de la nation. Leurs conclusions sont généralement construites à l'aune du bon sens. Le problème, c'est que le pouvoir aime au moins autant ranger ces travaux toujours un peu dérangeants sur d'obscures étagères. La volonté de réforme de Nicolas Sarkozy aura-t-elle raison de cette fâcheuse habitude ? Pour le moment, l'honneur, si on peut dire, de Jacques Attali est encore sauf : sur les 316 mesures précieusement élaborées dans la sueur par les 41 membres de sa commission de travail, on ne compte que quelques coups de canif après le discours présidentiel. Mais quel sort sera finalement réservé, demain, à cet impressionnant réservoir de réformes ? La croissance sera-t-elle enfin libérée ? Le mieux n'est pas impossible, le pire non plus.

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