La promise

Imaginez un navire en pleine tempête. Imaginez son capitaine auquel on adjoint trois pilotes pour contrôler ses manoeuvres : qui commande ? Le capitaine ou les trois pilotes qui ont " pleins pouvoirs " sur ledit capitaine ? À vous de choisir. Manifestement, les administrateurs de la Société Générale n'ont pas voulu le faire. Car le message qu'ils envoient est pour le moins ambigu. Dans un premier temps, ils affirment, à l'unanimité, renouveler leur confiance à l'équipe dirigeante, en l'occurrence à Daniel Bouton. Soit. L'idée étant, a priori, qu'il n'est pas judicieux de fragiliser un peu plus le navire dans l'ouragan qu'il traverse. Mais le fait de créer un comité de contrôle aux pouvoirs élargis et assisté d'un cabinet d'audit est un signal bien curieux : on fait confiance au capitaine, mais pas tout à fait quand même... Une fois de plus, le capitalisme à la française s'est exprimé. Et, une fois de plus, il est fait de compromis et de demi-mesure, de chèvre et de chou à ménager. Pas sûr que tout le monde s'y retrouve. On ne voit pas, d'ailleurs, en quoi la Société Générale se retrouve renforcée par la décision de ses administrateurs. Mais est-ce bien le sujet ? Car, au fond, c'est à se demander s'il existe toujours un suspense sur l'avenir de l'établissement. Le jour où BNP Paribas affiche des résultats annuels encore flamboyants malgré la crise, et une sérénité de bon aloi dans un contexte pour le moins délétère, les rumeurs d'un rapprochement entre les deux établissements se sont encore amplifiées. Un peu comme si la banque de La Défense avait déjà été promise à celle de la rue d'Antin. Du côté des politiques, qui en la matière vont toujours plus vite que leur ombre, une solution de rachat de la Générale par son éternel concurrent est déjà acquise, au moins dans les esprits. Dans les salles de marché on ne parle évidemment que de cela. Enfin, que Bruxelles réclame l'équité - en l'occurrence que chacun en Europe puisse participer aux agapes - ne fait finalement que renforcer cette idée. C'est faire peu de cas de la capacité de la banque à sortir du fossé profond dans lequel elle s'est précipitée. C'est faire peu de cas, surtout, des salariés, des clients et des actionnaires de la banque. C'est faire peu de cas, enfin, d'une équipe dirigeante censée faire rempart contre d'éventuels prédateurs, mais dont on a compris, grâce au soutien un peu particulier des administrateurs, qu'elle appartient largement au passé.

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