L'intercommunalité comme base de reconversion

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En fermant progressivement à Tucquegnieux, la mine a réduit de moitié la substance de la petite ville de Meurthe-et-Moselle. Au début des années 60, lorsque l'exploitation atteignit son maximum, Tucquegnieux comptait 5.800 habitants. Elle en recense 3.000 aujourd'hui. Comme dans les autres communes du bassin ferrifère, la pyramide des âges s'est inversée. L'école primaire accueille 302 élèves, contre 800 il y a trente-cinq ans - sans compter les quelque 150 enfants de l'école privée de la mine. A l'autre extrémité, environ un tiers de la population dépasse les soixante-cinq ans. Au fur et à mesure de la fermeture des puits, les adultes en âge d'être actifs ont rejoint les unités sidérurgiques proches et d'autres lieux d'exploitation en France (mines d'ardoises à Angers ou de bauxite dans le Midi par exemple). Le dernier magasin d'habillement a fermé ses portes en 1995. « 80 % du tissu commercial et artisanal de Tucquegnieux a disparu depuis les années 60 », estime Simon Stachowiak, le maire de sensibilité communiste. La vie associative, quant à elle, a repris une dimension plus proportionnelle à la taille de la commune : disparus les clubs d'athlétisme, de handball, de judo, les deux harmonies et les majorettes, mais l'un des deux clubs de football subsiste, de même que de nombreuses autres disciplines (gymnastique, tir, cyclisme, tennis, tennis de table, etc.) Le club de basket a opéré sa résurrection en 1986. Moins peuplée qu'il y a trente ans, Tucquegnieux s'est par contre ressoudée. La fermeture des deux derniers puits en 1985-1986 a mis fin à la division en trois « villes dans la ville » : la commune officielle d'une part, les cités correspondant aux deux mines d'autre part. L'une d'elles, la cité Anderny-Chevillon, fonctionnait en autarcie avec son école, ses commerces, ses bâtiments. Ses propriétaires avaient même érigé un panneau « Interdiction de pénétrer à toute personne étrangère », que la mairie s'est empressée de retirer... A partir de 1984, le transfert des charges des cités minières a causé de nombreux soucis financiers à la mairie, privée dans le même temps des recettes de la redevance minière (800.000 francs annuels pour la seule mine d'Anderny-Chevillon). La vaste commune - 6,8 kilomètres de long ! - qui ne gérait que 5 kilomètres de voirie a hérité de 15 kilomètres supplémentaires. L'eau, quasi gratuite au temps de l'exploitation, voit son prix grimper jusqu'à 22 francs le mètre cube par famille. « Les communes ont commis l'erreur de traiter le même problème chacune dans leur coin. La prospérité passée nous a aveuglés », concède le maire. L'intercommunalité est devenue depuis une réalité : l'établissement public de coopération intercom- munale de Landres, qui regroupe sept communes, cherche à recréer un tissu industriel. Le minipôle « entreprises » de Tucquegnieux abrite aujourd'hui un peu moins de 100 salariés. Il panse un peu les plaies du chômage, dont le taux dépasse 15 %. Dans ce contexte, les affaissements miniers créent une difficulté supplémentaire. Tucquegnieux ne figure pas sur la liste des dix communes à plus forts risques, mais son maire craint que les effets psychologiques ne compliquent l'effort de rénovation de la ville. « Un jeune m'avait annoncé cet automne qu'il voulait reprendre la boulangerie au 1er février. Après les affaissements, il m'a annoncé qu'il jetait l'éponge : ses banques ont demandé un apport personnel supplémentaire qu'il n'était pas capable d'honorer. » C. R.

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