ARMEMENT + Giat aurait besoin de 4,5 milliards par an jusqu'en l'an 2000

Jacques Loppion, le PDG du groupe public d'armement terrestre Giat Industries, planche aujourd'hui devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale. Tous les syndicats de l'entreprise viennent d'être reçus par le ministre de la défense, Alain Richard, et ses collaborateurs. Leurs conclusions sont alarmantes, même si Jacques Loppion assure que « les choses commencent à s'améliorer », avec une perte opérationnelle ramenée en 1996 à 530 millions de francs contre 1,6 milliard en 1995, après toutefois une reprise de provisions de 900 millions. La CGT tenait hier une réunion sur le site de Bourges mais c'est Force ouvrière qui a dévoilé le chiffre le plus inquiétant. Dans son tract du 27 juin, FO révèle que « le ministre convient que la situation financière nécessite une recapitalisation rapide de l'ordre de 4,5 milliards de francs par an jusqu'en l'an 2000 ». Soit un besoin global d'une quinzaine de milliards de francs ! Le PDG évoque, lui, une situation nette négative de 10 à 12 milliards de francs. Une fourchette qui s'expliquerait par la nécessaire prise en compte de la cession (à l'américain Colt) ou de la fermeture de la filiale belge FN Herstal, en situation financière catastrophique et dont le sort doit bientôt être réglé. Commandes à honorer. Giat, que l'Etat a déjà recapitalisé pour 3,7 milliards l'an dernier (ponctionnés sur le budget de la Défense et non sur celui des Finances), pose au nouveau gouvernement un problème inextricable. Impossible de mettre la clé sous la porte, avec plus de onze mille emplois en France, répartis sur tout le territoire dans des dizaines de sites. Mais surtout parce que Giat est dans un tel état qu'il lui faut absolument de l'argent ne serait-ce que pour acheter les composants et fabriquer les 436 chars Leclerc achetés en 1993 pour 21 milliards de francs par les Emirats arabes unis (qui en ont déjà réceptionné une grosse centaine). Un contrat négocié à perte par le précédent PDG, Pierre Chiquet, limogé par les pouvoirs publics, et dont l'acompte (80 % de la commande) a déjà été avalé par les déficits de Giat. L'Etat va donc devoir continuer à alimenter ce tonneau des Danaïdes. « Ou alors il faudra rembourser les Emirats, intérêts compris », souligne un dirigeant de Giat. Autre problème à résoudre, celui du paiement des salaires, pour lesquels l'argent manquera à partir du mois d'octobre. Goutte-à-goutte. La lutte reprend entre le ministère de la Défense qui craint de devoir à nouveau recapitaliser Giat - cela pourrait se faire par une augmentation de 15 % du prix du char Leclerc pour les armées françaises - et le ministère des Finances qui ne veut pas renflouer la société. De source proche du Premier ministre, on indique que Giat pourrait ne recevoir cette année que le strict nécessaire afin de ne pas plomber les comptes publics. « L'Etat risque de faire du goutte-à -goutte », regrette-t-on chez Giat. Quand à vendre la firme, vu son état financier et malgré ses fortes compétences technologiques, cela paraît peu envisageable. En revanche, de multiples alliances par métier - avec Thomson-Dasa dans les munitions comme l'ont dévoilé FO et la CFDT, avec RVI et Krauss-Maffei dans les blindés, avec RheinMetall pour les armement - sont à l'étude pour diviser les coûts. Olivier Provost

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