Airbus : trois ans pour devenir une société

Les membres du conseil de surveillance d'Airbus Industrie ont tenu hier à Paris une réunion stratégique. Aerospatiale (37,9 % d'Airbus), Daimler-Benz Aerospace Dasa (également 37,9 %), British Aerospace BAe (20 %) et l'espagnol Casa (4,2 %) veulent en effet transformer le GIE (groupement d'intérêt économique) Airbus en une véritable société. Après l'audition hier de l'allemand Edzard Reuter, président du conseil de surveillance d'Airbus Industrie et ex-patron de Daimler-Benz, et qui dirigeait depuis 1995 un groupe de travail ad hoc, les quatre partenaires ont adopté le projet de cette transformation du GIE « dans les plus brefs délais possibles en une société de plein exercice et donc dotée d'une pleine autonomie opérationnelle ». Ils vont donc « engager immédiatement les négociations sur les aspects techniques de cette transformation dans le but de parvenir à un accord définitif d'ici à la fin 1996. Cet accord devra identifier le calendrier des actions nécessaires. Tout semble actuellement indiquer qu'elle pourrait se réaliser d'ici à 1999 ». Une opacité souvent dénoncée par Boeing Une telle structure plus intégrée permettrait de gagner considérablement en souplesse, à la fois en matière de négociation commerciale avec les compagnies aériennes désireuses d'acheter des avions, et en gain de productivité industrielle. Car, quand le leader mondial et grand rival, l'américain Boeing, peut décider rapidement s'il peut encore baisser ses prix pour répondre à un marché ou s'il doit réduire ses coûts, le GIE Airbus doit se tourner vers ses quatre actionnaires dès lors que sa limite de négociation est atteinte. Il faut encore qu'Aerospatiale, Dasa, BAe et Casa s'entendent, selon la règle de l'unanimité. L'autre problème du GIE, c'est son opacité, souvent dénoncée par Boeing. Airbus Industrie présente un chiffre d'affaires, mais pas de compte d'exploitation, ni de résultats (remplacés par un simple excédent ou déficit comptable). Ses investissements - quelque 250 milliards de francs depuis sa naissance en 1970, 50 milliards de plus s'il faut lancer un Airbus géant, l'A3XX, pour contrer les projets de Boeing - sont portés par chacun des actionnaires. Les partenaires se sont donnés trois ans et demi pour savoir comment changer tout cela. Ils devront donc s'entendre sur le périmètre de la future société : quelle part des bureaux d'études respectifs, des usines de fabrication, de montage et d'assemblage, des essais en vol, quelles participations futures pour ses membres, quels éventuels nouveaux partenaires (comme l'italien Alenia, déjà associé sur l'Airbus A321). Mais, en trois ans et demi, à l'image de la fusion prévue actuellement en France entre Aerospatiale et Dassault Aviation, beaucoup de choses peuvent encore changer. Les grands de l'aéronautique européenne pourraient accroître leur rapprochement. Et la question pourrait se poser de l'éventuelle extension de cette union autour d'Airbus dans les avions civils à l'aéronautique militaire, dans laquelle tous sont présents. OLIVIER PROVOST

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