Henri Emmanuelli annonce un réexamen de l'accord nippo-européen

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« La Tribune ». - L'Assemblée nationale compte-t-elle se saisir du dossier de l'« automobile française » ? Henri Emmanuelli. - Oui. L'Assemblée va créer une mission d'information qui inclut plusieurs commissions - production et des échanges, affaires sociales, finances - pour examiner ce que sont la réalité d'aujourd'hui et le devenir du secteur automobile en Europe. Les conclusions devraient être rendues à l'automne. L'objectif, assez précis, étant l'application des accords de 1991, c'est-à-dire le problème de nos relations avec les Japonais. Cet accord prévoyait que le taux de pénétration de 11 % à l'époque en Europe, serait de 16 % à la fin du siècle. Et soit parce que les estimations n'ont pas été bien faites, soit parce que le suivi n'a pas été opéré par la Commission européenne, les Japonais me paraissent avoir vendu environ trois millions de voitures de plus que prévu. Or, trois millions de voitures, c'est une année de production de Volkswagen, deux années de production de Renault et une année et demie de production de Peugeot. Cet accord prévoyait aussi que la Commission pouvait intervenir sur des problèmes de formation et de restructuration. L'a-t-elle fait ? Le sujet mérite d'être posé. Pourriez-vous être amené à réclamer l'ouverture de nouvelles négociations avec le Japon ? - C'est au gouvernement français et peut-être ensuite à la Commission de réexaminer nos relations avec nos amis japonais, de vérifier en particulier si les contreparties promises ont existé ou pas. J'observe que, lorsqu'il y a des problèmes de ce type entre les Etats-Unis et le Japon, les Etats-Unis ne se privent pas de faire émerger leurs problèmes au coeur du débat public. On souhaiterait que les Européens, par la voix de la Commission ou du Conseil des ministres, ne soient pas plus inhibés que les Nord-Américains. Vous êtes intervenu sur le dossier Renault Vilvorde. N'était-ce pas prendre le problème à l'envers alors qu'au niveau européen la Commission et le Conseil des ministres ont toujours refusé toute politique industrielle ou de l'emploi ? - La philosophie libérale veut que l'on n'ait pas besoin de politique industrielle. Mais je constate que la convergence des économies européennes se fait, mais sur un faible taux de croissance et sur un taux de chômage élevé. Donc, avec ou sans l'aval des libéraux, les peuples vont finir par faire irruption sur la scène. Je crois donc que l'Europe, comme l'a dit le gouvernement français à Amsterdam, doit se préoccuper au plus vite du problème de l'emploi. Pour être plus précis sur Vilvorde, je remarque que, lorsque Volkswagen a eu des difficultés, on a réduit le temps de travail. Plutôt que de voir fermer un site, j'aurais souhaité que Renault envisage aussi des solutions innovantes. On nous a un peu promenés en nous expliquant que la réduction du temps de travail sur Vilvorde n'aurait pas suffi. La vraie question, c'est la réduction du temps de travail chez Renault, pas seulement à Vilvorde. Pour relancer les ventes automobiles en France, faut-il réduire la TVA sur l'automobile ? - Je ne m'aventurerai pas sur des pronostics concernant la réduction de la TVA. L'idéal serait de tout réduire en matière de fiscalité indirecte. Le problème est de trouver, ensuite, des ressources compensatoires. Seriez-vous favorable à ce que de nouvelles dispositions spécifiques soient prises pour des départs anticipés dans ce secteur ? - Les grands constructeurs automobiles, qui ne veulent pas que le gouvernement interfère dans la gestion de leur entreprise, trouvent en revanche tout à fait normal de présenter de grosses additions aux pouvoirs publics. Etrange raisonnement ! A priori, je suis pour une loi-cadre sur la réduction du temps de travail pour tout le monde, pas spécialement pour l'automobile. Et dans ce cadre-là, il faudra effectivement se préoccuper de mesures d'âge. Propos recueillis par G. B.

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