Vers un mariage entre Ariane et Soyouz

La France, actionnaire à 55,5 % d'Arianespace, veut allier la fusée européenne Ariane aux Russes de Soyouz. Les pouvoirs publics français, et notamment François Fillon, le ministre en charge de l'espace, estiment qu'il faut absolument qu'Ariane évite l'isolement face à l'alliance entre le géant américain Lockheed-Martin, fabricant du lanceur Atlas, et le russe Khrunitchev, constructeur de la grande fusée Proton. Les Français cherchent donc à se tourner vers les industriels russes, plus proches et plus complémentaires d'Ariane que les Américains. Le duo Khrunitchev-Energia, de la fusée Proton, étant marié à Lockheed, Paris reconnaît avoir multiplié les contacts « avec un autre grand de l'industrie spatiale russe des fusées, avec l'espoir de conclure d'ici trois à quatre mois ». Selon plusieurs sources, y compris chez Arianespace, il s'agit du fabricant des lanceurs Soyouz (à ne pas confondre avec les vaisseaux spatiaux du même nom, baptisés ainsi parce que lancés par les fusées Soyouz). Un tel accord serait bâti sur une vraie complémentarité. En effet, le russe est un grand spécialiste des lancements en orbite basse, un créneau destiné, dans l'avenir, aux constellations de satellites pour les télécommunications comme Iridium, de Motorola, ou Globalstar, de Loral. Alors que la fusée Ariane est la spécialiste mondiale, avec 50 % du marché commercial ouvert, des lancements en orbite géostationnaire donc « haute », notamment pour les gros satellites de télécommunications. Stéphane Chenard, analyste chez EuroConsult, rappelle que les lanceurs Soyouz dépendent de l'énorme bureau d'étude TsSKB, situé à Samara, dans l'Oural, qui emploie cinq mille personnes, dont une moitié d'ingénieurs, et qui est jumelé à l'usine Progress (vingt-huit mille salariés), dont une partie pour l'activité spatiale. Des contacts de longue date Aerospatiale, principal actionnaire industriel (à 7,77 %) d'Arianespace, reconnaît l'existence de contacts de longue date entre les deux firmes. La firme française avait proposé à son partenaire américain Loral de lancer, avec le Soyouz, une partie de son système Globalstar, dont Aerospatiale réalisera les structures des cinquante-six petits satellites. Les liens, « à haut niveau » entre Aerospatiale et TsSKB, qui réalise également les satellites espions russes, auraient aussi vu le français passer au russe des contrats d'étude pour les satellites militaires européens Helios, dont Aerospatiale réalise la précieuse optique. Les deux firmes auraient également étudié un petit lanceur commun. Enfin, la compétence des Soyouz devrait compter pour la future station spatiale internationale pour laquelle les Européens veulent aussi utiliser leur fusée Ariane pour les trajets. Des Européens qui devraient charger Aerospatiale de réaliser le cargo remorqueur spatial automatique, et d'étudier une future capsule habitée. Certains, en France, espèrent même que l'union Ariane-Soyouz pourrait déplacer les russes de TsSKB sur le précieux site de lancement d'Alcantara, au Brésil, déjà convoité de près par Lockheed-Khrunitchev. OLIVIER PROVOST

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