Peter Bogin : «La crise n'est pas cyclique, mais chronique»

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« La Tribune ». - La crise du raffinage est-elle une crise mondiale ? Peter Bogin. - C'est incontestablement en Europe que la situation est la plus mauvaise, et surtout en France pour des raisons spécifiques. Le système de raffinage français est, en effet, très mal adapté aux besoins à cause des incitations fiscales en faveur du gazole. Ce problème spécifiquement français s'ajoute aux problèmes de surcapacités. L'année 1995 a été particulièrement catastrophique. Aux Etats-Unis, en Amérique du Nord, la situation du raffinage est moins mauvaise qu'en Europe, mais cette activité est peu rentable. Tous les espoirs se sont donc reportés sur l'Asie du Sud-Est, où le marché est en forte croissance. Mais, même dans cette zone, la situation n'est pas aussi brillante que certains l'espéraient. Un grand nombre de nouvelles unités ont été, et surtout vont être mises en service en 1996, ce qui va avoir une très mauvaise influence sur les marges. Quel impact attendez-vous des décisions annoncées par BP ? Les fermetures de capacité annoncées sont bienvenues pour le secteur du raffinage. Néanmoins, pour avoir un impact réel sur les marges de raffinage en Europe, il faudra qu'elles soient suivies d'autres fermetures. Je m'explique. D'un côté, nous avons une demande qui est pratiquement stagnante ou en faible croissance. Et d'un autre côté, une offre qui est largement surcapacitaire, surtout dans la zone méditerranéenne, un peu moins en Europe du Nord. Or de nouvelles capacités continuent d'apparaître sur le marché, soit parce qu'on construit de nouvelles raffineries, comme à Leuna en Allemagne, soit de façon moins apparente, parce qu'on améliore la productivité des raffineries existantes ou parce qu'on investit dans de nouvelles unités de conversion, ce qui conduit à augmenter les capacités existantes. British Petroleum est la première compagnie pétrolière à aborder ce problème de façon globale. Maintenant, c'est aux autres raffineurs de voir ce qu'ils peuvent faire. Fermer une raffinerie peut aider à assainir la situation, mais ce n'est pas la panacée. Il faudra encore d'autres mesures drastiques de rationalisation. Les compagnies françaises opérant en France auront sans doute, elles aussi, un effort à faire. La crise du raffinage n'est donc pas cyclique mais chronique. La crise est chronique depuis au moins cinq ans. La guerre du Golfe, en conduisant à l'envolée des prix des produits pétroliers, a pu un moment calmer les esprits et faire renaître l'espoir pour ceux qui envisageaient de fermer des raffineries. Mais le réveil a été difficile, car le problème, un moment masqué, était toujours là. Comment expliquez-vous que British Petroleum soit la première major pétrolière à annoncer un plan de restructuration mondial de son activité raffinage ? Depuis quatre ans, BP a une stratégie très active de restructuration, qui a notamment consisté à vendre ses actifs les moins rentables. Il n'est donc pas étonnant que le nouveau patron de BP, John Browne, ait poursuivi cette stratégie très active, très agressive, en s'attaquant au problème du raffinage. Propos recueillis par E. R.

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