Bonn va financer avec Londres le programme Eurofighter

Le ministre allemand de la Défense, Volker Ruehe, a pris de vitesse les annonces budgétaires officielles de Bonn, prévues vendredi. Il a déclaré hier soir, sur la deuxième chaîne de la télévision publique germanique (ZDF), que le budget 1998 de la défense en Allemagne approchera les 47 milliards de marks (174 milliards de francs) et comprendra, pour l'an prochain et même jusqu'en 2001, le développement de l'avion de combat européen Eurofighter, commun à l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Espagne. L'Eurofighter, capital pour Dasa, Daimler-Benz Aerospace - 18.000 personnes devraient participer à sa réalisation outre-Rhin - paraît donc relancé. Jusqu'à présent une grande incertitude régnait sur son financement. Bonn avait déjà annoncé ne vouloir en commander que 180 pour 23 milliards de marks (85 milliards de francs), et non plus 240. A l'inverse, la Grande-Bretagne qui veut acquérir au moins 232 Eurofighter - l'Espagne en achetant 87 et l'Italie 121 -, avait annoncé dès septembre vouloir lancer l'industrialisation du programme, pour forcer la main aux Allemands. La tension était tellement montée sur le sujet ces derniers jours dans l'attente de la décision de Bonn que même en Grande-Bretagne, lors de la présentation du budget de Tony Blair la semaine dernière, la rumeur avait couru d'un non-financement par Londres de ce futur avion de combat européen, rival du Rafale Dassault français. Craintes. La grande crainte des Français est désormais de voir les deux grands avionneurs concernés par l'Eurofighter, Dasa côté allemand et British Aerospace (BAe) pour le Royaume-Uni, se marier. Dans les avions de combat, une telle union ne ferait qu'entériner l'actuelle division avec les Français, depuis la rupture des projets communs en 1989. Une erreur que tout le monde veut éviter de rééditer pour la prochaine génération d'avions de combat en Europe, tant pour des questions politiques que budgétaires. D'où un récent accord sur ce thème entre Paris et Londres. Le danger pour les Français, c'est de voir Dasa et BAe étendre un éventuel mariage aux avions civils. Car le premier détient 37,9 % du groupement d'intérêt économique (GIE) Airbus Industrie et le second 20 %, alors que le français Aerospatiale en détient, comme l'allemand, 37,9 % (sans oublier 4,2 % à l'espagnol Casa). Même si le GIE Airbus est régi par la règle de l'unanimité, un tandem germano-britannique serait donc prépondérant. Crucial à l'heure où les Européens sont d'accord pour restructurer Airbus, faire du GIE une vraie société - mais divergent sur les moyens d'y arriver - et créer à terme une seule entité aéronautique et spatiale civile et militaire sur le Vieux Continent pour contrer Boeing-McDonnell Douglas. Un signal négatif. En fait, les Britanniques rêvent du leadership sur les avions de combat et les Allemands sur Airbus, ne laissant que les miettes (hélicoptères, missiles, satellites...) aux Français. D'où le message que le gouvernement français, selon des proches de Lionel Jospin, vient deransmettre à Bonn et à Londres : toute alliance, de type BAe-Dasa, en particulier sur Airbus, qui risquerait de marginaliser les Français et de diviser le camp européen serait interprétée comme un signal négatif. On saura bientôt si Paris a été entendu. Olivier Provost

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