Havas boude le baptême de la fusion entre UFA-CLT

L'approbation de la fusion des activités audiovisuelles de Bertelsmann avec la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion (CLT) s'est faite sans Havas. Pour bien marquer son opposition à l'opération, le groupe français de communication a opté pour la politique de la chaise vide plutôt que de prendre part au conseil d'administration d'Audiofina, holding de la CLT, qui a officialisé hier la naissance du premier groupe audiovisuel européen. Cette absence est avant tout symbolique. L'opposition formelle d'Havas à l'opération n'aurait pu empêcher la nouvelle répartition du capital de la CLT. La future société, UFA-CLT, opérationnelle début 1997, sera détenue à 50-50 par Bertelsmann et Audiofina. Cette répartition est reproduite tant au niveau managérial qu'en termes de zone d'influence. Les deux actionnaires auront chacun deux représentants au comité exécutif constitué de deux administrateurs délégués : Didier Bellens (Groupe Bruxelles Lambert, principal actionnaire d'Audiofina) et Michael Dornemann (Bertelsmann) ; ainsi que de deux directeurs généraux : Rolf Holz-Schmidt (Bertelsmann) et Rémy Sautter (CLT). De plus, le groupe allemand contrôlera les activités germaniques alors que les Luxembourgeois s'intéresseront avant tout à la France, au Royaume-Uni et au Benelux. L'ensemble des activités devrait générer un chiffre d'affaires de près de 20 milliards de francs, soit deux fois plus que Canal+. La création d'UFA-CLT, qui doit maintenant être approuvée par les autorités de Bruxelles ainsi que par les responsables allemands qui s'apprêtent à voter une nouvelle réglementation sur l'audiovisuel, laisse peu de poids à Havas. Le groupe français détient désormais indirectement 10 % d'UFA-CLT contre 20 % de la CLT avant fusion. Tous les observateurs pronostiquent maintenant une prise de contrôle de la CLT par Bertelsmann par le bas. « On ne peut pas imaginer que les Allemands apportent 5,1 milliards de francs en cash en plus de leurs actifs audiovisuels sans garantie pour l'avenir », explique un spécialiste. C'est-à-dire un droit de préemption sur les 50 % de la CLT détenus pas Audiofina. Selon un proche du dossier, Havas n'aurait obtenu aucune garantie permettant de penser le contraire. Ce qui explique en partie son refus de participer au conseil d'administration d'Audiofina. Autre motif, déjà évoqué officiellement par les responsables du groupe français, les intérêts d'Havas dans CLMM, le holding de contrôle d'Audiofina, et dans Audiofina même ne seraient pas respectés. Et, jusqu'à présent, rien n'a pu empêcher la marginalisation du groupe français. Cette bataille d'actionnaires est doublée d'un autre combat, plus opérationnel. Celui qui oppose Canal+ et Bertelsmann, liés par des accords depuis 1994. Le sort de la plate-forme numérique allemande comme la place de la chaîne cryptée outre-Rhin dépendent en grande partie de ces négociations. En attendant, leur rival commun, Leo Kirch, poursuit ses développements. Il vient d'acquérir, auprès de la Fédération internationale de football, les droits de retransmission des Coupes du monde de 2002 et 2006 pour près de 11,5 milliards de francs. Thierry Del Jésus

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