"Un possible facteur de délocalisation"

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Favorable au projet Reach dans son principe, l'industrie chimique a obtenu plusieurs aménagements depuis la version initiale de 2001. Quelles autres évolutions espérez-vous d'ici au vote final ?- Nous avons encore quatre à cinq préoccupations majeures. Nous souhaitons un périmètre d'application de Reach le plus clair possible afin d'éviter les redondances avec des législations existantes, concernant par exemple les déchets ou la santé au travail. Nous souhaitons également protéger au mieux la propriété intellectuelle des industriels. Ce qui signifie que, à l'exception des données qui nécessitent des tests sur les animaux, le partage des données entre les producteurs d'une même substance se fasse sur la seule base du volontariat. Nous espérons également que la future agence européenne joue un rôle fort sur l'ensemble du processus Reach, et pas seulement dans la phase d'enregistrement. Nous sommes aussi préoccupés par le fait que les produits finis (jouets, textiles, électroniques...) importés de Chine ou des États-Unis ne soient pas concernés par Reach.Et en ce qui concerne les substances dangereuses ?- Nous espérons, pour ces substances dites "extrêmement préoccupantes", une prise en compte de la dangerosité et de l'exposition des personnes, donc du risque encouru. Autrement dit, nous ne sommes pas favorables à une substitution systématique obligatoire de ces substances. À titre d'exemple, le fluor est une substance très dangereuse, qui, à très faible dose, soigne les caries.Que répondez-vous aux ONG qui considèrent que le projet Reach a déjà été sérieusement édulcoré ?- La législation a évolué pour être la plus applicable possible, en particulier pour les multiples PME du secteur. Pour mémoire, je rappelle que l'exemption temporaire des polymères et les dispositions adaptées aux intermédiaires de synthèse ont été introduites dans la proposition du 29 octobre 2003.En l'état actuel du projet, quelles seront les conséquences pour la chimie française ?- Selon l'étude Mercer d'avril 2004, l'impact global à l'horizon dix ans de cette réglementation en France s'élèverait à 1,6 % du PIB français, soit 28 milliards d'euros, et entraînerait une perte de 360.000 emplois. Au vu des dernières évolutions du projet tel qu'il est appelé à être adopté d'ici quelques semaines, cette étude va être réactualisée dans le courant de l'année prochaine. Il ne faut pas perdre de vue que cette future réglementation va aussi rejaillir sur d'autres secteurs en renchérissant leurs coûts, comme dans le textile, la métallurgie, l'aéronautique ou encore la mécanique. Ce qui revient à dire que Reach peut être un facteur de délocalisation industrielle.Quel est, pour vous, le coût acceptable de Reach ?- C'est le coût le plus proche des tests nécessaires, sachant que le test d'une substance varie entre 70.000 et 700.000 euros. Mais il s'agit bien sûr du coût minimum de cette future législation puisque, ensuite, nombre d'industriels devraient se retrouver confrontés aux conséquences économiques de la disparition de certaines substances, comme l'a montré l'étude Mercer.Propos recueillis par Pascale Mollo

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