Le grand actionnaire allemand change de pilote

Premier actionnaire privé d'EADS avec 30 % du capital, Daimler-Chrysler pourrait en sortir à l'horizon 2007 (voir ci-dessus). Car la priorité de son nouveau patron, Dieter Zetsche, c'est de redresser son activité phare : l'automobile. Son prédécesseur, Jürgen Schrempp, voulait pourtant faire de Daimler-Chrysler le leader mondial de l'automobile. Mais il a échoué et a dû l'été dernier annoncer sa retraite anticipée. Hier, après plus de dix ans de règne, il a cédé officiellement les rênes à l'homme qu'il avait envoyé à Detroit redresser Chrysler.Zetsche, homme de contact. Désireux d'être aussi puissant aux États-Unis et en Asie qu'en Europe, Schrempp avait eu son heure de gloire en 1998 avec l'annonce de la fusion surprise de Daimler-Benz avec Chrysler. Mais la situation du troisième constructeur automobile américain s'est révélée plus que fragile. Au Japon, le patron de Daimler-Chrysler a aussi laissé passer l'occasion de s'allier avec Nissan et a dû se rabattre sur Mitsubishi, une aventure qui s'est également révélée fort coûteuse.Pendant ce temps, Schrempp a négligé Mercedes, la perle devenue l'an passé à son tour l'enfant à problème du groupe. Pour avoir notamment trop joué la carte de l'électronique avec tous les problèmes qu'elle entraîne si les contrôles ne suivent pas. Parallèlement, Smart s'est révélé un puits sans fond.Le défi pour Dieter Zetsche, ce n'est pas la grande stratégie mais l'opérationnel. Même s'il affiche son goût du spectacle et un air débonnaire - outre-Atlantique, on le surnomme "l'homme à la moustache de phoque" -, il sait ce qu'il veut. C'est au prix d'une restructuration radicale qui s'est traduite par 26.000 suppressions d'emplois que l'Allemand, né à Istanbul en 1953, a remis Chrysler sur les rails. Un scénario qu'il devrait répéter chez Mercedes.Depuis longtemps, les observateurs estiment que la marque à l'étoile souffre de surcapacités. Une étude réalisée par McKinsey en 2004 concluait à une réserve de productivité de 10 %. La principale filiale du groupe emploie 95.000 personnes dans le monde pour la production de ses trois marques (Maybach et Smart compris). Un conseil que Schrempp, qui devait son maintien à la tête du groupe aux représentants des salariés au conseil de surveillance, avait volontairement ignoré.Zetsche, qui assume la direction de Mercedes depuis le 1er septembre, a déjà annoncé la suppression de 8.500 emplois. Projet qu'il n'a pas hésité à aller présenter directement aux salariés, comme il l'avait fait chez Chrysler. Une première à Stuttgart. "Il a le courage d'expliquer ses choix et, du coup, il est crédible", analyse le chercheur Matthias Horx. À Detroit il n'hésitait pas à s'asseoir à la cantine avec les salariés ou aller boire une bière le soir avec les syndicalistes. Il aime le contact direct. À l'inverse de son prédécesseur, qui, lui, ne s'est jamais vraiment remis en question. Les syndicats sont, eux, persuadés qu'au final ce sont plus de 16.000 emplois que Dieter Zetsche veut supprimer. Son objectif financier est en tout cas ambitieux : un bénéfice opérationnel en 2008 de plus de 9 milliards d'euros, dont 4,25 milliards pour Mercedes. En 2004, Daimler n'avait gagné "que" 5,8 milliards et sa marque à l'étoile 1,6 milliard.Bénédicte de Peretti, à Munich

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