Alcan a bien du mal à digérer Pechiney

Décidément Pechiney n'est pas facile à digérer pour son repreneur canadien Alcan. Au terme du deuxième exercice du nouvel ensemble issu du rachat (non sollicité) de Pechiney par Alcan fin 2003, le numéro deux mondial de l'aluminium accuse une chute de moitié de son bénéfice net, à 129 millions de dollars (américains). Dommage pour le PDG Travis Engen qui présentait hier ses derniers résultats annuels après cinq ans passés à la tête du groupe. Il sera remplacé en mars par Richard Evans, ex vice président exécutif. Au même moment, les syndicats européens du groupe haussent le ton et accusent Alcan de bafouer le droit social.Certes, l'activité s'est bien comportée l'an dernier. Le bénéfice d'exploitation du groupe s'est inscrit en hausse de 13,8 %, à 911 millions de dollars, grâce à l'envolée des cours de l'aluminium, au plus haut depuis vingt ans. Et si le chiffre d'affaires d'Alcan est tombé à 20,3 milliards en 2005 contre 25 milliards en 2004, c'est en raison de la sortie des activités "produits laminés" qui ont pris leur autonomie, sous le nom de Novelis, en janvier 2005. À périmètre égal, les volumes livrés ont bondi de 25 %, à 4,4 millions de tonnes, avec un prix moyen de 2.036 dollars la tonne, en hausse de 8,5 % par rapport à 2004. Et les prix devraient rester soutenus en 2006 puisque Alcan prévoit un déficit de l'offre par rapport à la demande mondiale de 300.000 tonnes, alors qu'elles étaient à l'équilibre en 2005. Ce prix record de l'aluminium a fortement profité à la branche "métal primaire" qui a vu son bénéfice d'exploitation s'accroître de 20 %, à 1,75 milliard de dollars. Celui des "produits usinés" a progressé de 6,3 % tandis que les résultats d'exploitation des divisions "emballages" et "bauxite et alumine" ont baissé respectivement de 9,7 % et 5,4 %.Impact sur l'emploi. Mais les charges exceptionnelles, en grande partie dues aux restructurations, ont presque doublé, à 696 millions de dollars. Elles concernent les restructurations lancées dans l'activité emballage, en particulier dans les segments cosmétique et l'alimentaire, ainsi que les fermetures prévues des usines d'électrolyse de Steg (Suisse) et de Lannemezan (France). Elles englobent aussi les rationalisations menées dans la branche "produits usinés" avec notamment la fermeture annoncée d'une installation en Californie. Enfin, Alcan a perdu 26 millions de dollars en 2005 sur ses activités "abandonnées" contre un gain de 15 millions l'an dernier sur ce poste. Ce qui n'empêche pas le géant canadien de se féliciter d'avoir dépassé les synergies prévues lors du rachat de Pechiney, avec des économies réalisées de 400 millions de dollars, contre 360 millions prévus.C'est précisément la façon dont Alcan gère ces restructurations que dénoncent aujourd'hui les deux comités d'entreprise européens (CEE) Pechiney et Alcan du groupe. "Alcan ne dit pas toute la vérité", s'insurge Patrick Reinbold, secrétaire CFDT du CEE Pechiney, avec une virulence inédite. "Il sous-estime l'impact sur l'emploi de ses orientations, ne dévoile qu'une partie de ses intentions aux instances représentatives du personnel et ne respecte pas ses engagements contractualisés avec les salariés." Depuis l'annonce, en novembre, de 380 suppressions ou cessions de postes dans l'emballage, les syndicats ont recensé dans cette branche 250 autres emplois dont la suppression est programmée. Les syndicats demandent l'assistance d'un expert pour auditer la politique du groupe.Marie-Caroline Lopez

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