Gérard Le Fur en quête d'une nouvelle alchimie pour Sanofi

Nouvelle impulsion ou changement dans la continuité ? Les spéculations vont bon train sur les intentions de Gérard Le Fur, qui vient tout juste de troquer son fauteuil de patron de la recherche contre celui de directeur général de Sanofi-Aventis. Et ce pour plusieurs raisons. D'abord, si les chercheurs patrons sont monnaie courante dans le secteur des biotechnologies - avec des succès divers -, on en trouve plus rarement à la tête des grands groupes pharmaceutiques dont les dirigeants ont plutôt des profils de gestionnaires.Ensuite, l'arrivée aux manettes du troisième laboratoire mondial de ce chercheur de 56 ans, plus familier de l'ombre des paillasses que des lumières des road-shows, intervient alors que Sanofi-Aventis traverse depuis quelques mois une zone de fortes turbulences. À tel point que le groupe s'est vucontraint de formuler début septembre un avertissement sur ses résultats 2006. Et l'avenir ne s'annonce guère radieux entre la concurrence des génériques sur quatre de ses traitements comme l'antiallergique Allegra depuis 2005, le procès à venir autour de son anticoagulant Plavix contre le génériqueur canadien Apotex, le retard du lancement de sa pilule anti-obésité Acomplia aux États-Unis ou les futures pertes de brevet sur des médicaments vedettes comme le somnifère Stilnox. Sans oublier le durcissement des politiques de santé, qui pèse sur les ventes de médicaments dans nombre de pays comme la France ou l'Allemagne.Pour couronner le tout, les deux actionnaires de référence du groupe, Total et L'Oréal, propriétaires ensemble de 37 % des droits de vote, pourraient décider de céder leur participation. Auquel cas, l'instabilité de l'actionnariat constituerait une incertitude supplémentaire aux yeux des marchés.LA RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT PRIORITAIREDans ces conditions, dire que le laboratoire doit retrouver les faveurs des investisseurs est un euphémisme. Nul doute que la présentation des résultats annuels, le 13 février, aura valeur de test pour le discret Gérard Le Fur, 300 publications scientifiques à son actif et grand spécialiste des maladies du système nerveux central. Jusqu'alors très prolixe sur les médicaments en cours de développement, ce Breton, membre de l'Académie des sciences, sera-t-il aussi disert sur les réductions de coûts et les perspectives financières du groupe, s'interrogent les analystes. Plusieurs spécialistes du secteur insistent toutefois sur l'étoffe de patron opérationnel d'un homme qui gère déjà un budget de 4 milliards d'euros et dirige quelque 18.000 collaborateurs.L'arrivée aux commandes de Sanofi de l'ami de vingt ans du président Jean-François Dehecq, au look décontracté savamment étudié, pourrait bien marquer un tournant. " Sa nomination signifie que la recherche et développement est devenue la priorité du groupe. Et l'inventeur de l'Acomplia aura forcément à coeur de prouver sa capacité à améliorer la productivité de la recherche et développement qui compte déjà 16 molécules en phase avancée de développement ", affirme un analyste. L'enjeu est surtout important dans le domaine des biotechnologies. " Sanofi a pris tardivement le virage des médicaments biotech. Or, c'est la voie de l'avenir dans les traitements du cancer. Si Sanofi veut continuer à jouer dans la cour des grands dans ce domaine, il lui faut acquérir les molécules et le savoir-faire ", assène un autre.STRATEGIE D'ACQUISITIONS CIBLEESDans ce contexte, quelle sera la marge de manoeuvre du fils spirituel du charismatique Jean-François Dehecq, 67 ans, qui restera solidement calé dans son fauteuil de président du conseil jusqu'à fin 2009 ? Là où certains interprètent la mise en place de ce tandem Dehecq-Le Fur comme une façon de gérer la transition en douceur, avec à la clé une stratégie d'acquisitions ciblées, d'autres prêtent au président de Sanofi la volonté de réaliser une dernière grosse opération avant de tirer sa révérence. Par exemple avec son partenaire américain Bristol-Myers Squibb. Bâti à raison de 300 acquisitions en une trentaine d'années, Sanofi-Aventis est l'oeuvre de toute une vie pour le patron historique du groupe, l'ingénieur Jean-François Dehecq, proche du président Jacques Chirac. Dès lors, on l'imagine mal jouer les utilités jusqu'à la fin de son mandat sous les ordres de son dauphin.

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