Jean-Yves Le Gall sécurise le succès d'Ariane 5

Le succès actuel d'Arianespace, c'est lui. Jean-Yves Le Gall, le directeur général de la société de commercialisation des lanceurs européens, peut sans aucun état d'âme revendiquer aujourd'hui le plein succès de sa petite PME de 265 personnes... qui a pourtant tout d'un groupe international. Ces deux dernières années, Arianespace a pesé en moyenne un milliard d'euros de chiffre d'affaires. Le plan de route défini par Jean-Yves Le Gall, mûri dans la douleur à la suite du cuisant échec du lanceur lourd Ariane 5 ECA fin 2002, a été validé en 2006 par les résultats financiers d'Arianespace et par le bilan remarquable en matière de lancements. " En 2006, nos comptes sont équilibrés pour un chiffre d'affaires de 985 millions d'euros, indique-t-il à "La Tribune". Nous avons réalisé cinq lancements d'Ariane 5 ECA qui ont mis sur orbite dix satellites. "Une fois de plus, Arianespace a dominé la concurrence dans le domaine des vols commerciaux : la société internationale Sea Launch a mis sur orbite cinq satellites, tandis que le lanceur Proton, opéré par l'ex-société russo-américaine ILS, en a lancé quatre, dont un a été perdu. Et de préciser avec satisfaction que " c'est la première année où nous avons vraiment fonctionné à plein régime " depuis l'échec de fin 2002.MAINTIEN DU CARNETDE COMMANDESEt, logiquement, le succès commercial suit. " Nous avons gagné douze contrats en 2006. Nous avons également signé notre premier contrat en 2007. Ils vont nous permettre de maintenir notre carnet de commandes : 38 satellites pour Arianespace et 5 pour notre filiale Starsem. " Les deux principaux concurrents sont restés à la traîne, Proton, plombé par ses déboires ayant remporté seulement deux contrats et Sea Launch, cinq. Ce qui fait dire à Jean-Yves Le Gall qu'un " bon lanceur est le meilleur ami des constructeurs de satellites et des opérateurs ". Même la Nasa, qui n'aura plus de navettes spatiales entre 2010 et 2014, n'est pas insensible aux succès et aux solutions de lancement proposées par Arianespace." Nous avons en outre les deux seules lignes de production de lanceurs [Ariane 5 et le lanceur russo-européen Soyuz, Ndlr], qui marchent aujourd'hui ", remarque le patron français. Certains clients de ses deux principaux rivaux viennent même frapper à la porte d'Arianespace pour demander des dates de lancement que ne peuvent pas leur assurer les lanceurs Proton et Sea Launch. De plus, le marché des satellites est reparti à la hausse en 2006, avec 25 contrats. " Mais nous n'avons pas suffisamment de capacités pour y répondre ", déplore-t-il en dépit d'Ariane 5 ECA qui permet les lancements doubles.FIABILITE DU SYSTEME EUROPEEN DE LANCEMENTL'équation économique tient grâce à l'obstination farouche de Jean-Yves Le Gall à utiliser le plus longtemps possible le même lanceur Ariane 5 ECA sans modification majeure en vue d'augmenter la fiabilité du système européen de lancement. Et ce contre vents et marées. L'industrie spatiale pousse à l'introduction d'améliorations de performance sur le lanceur afin de faire travailler les ingénieurs dans leurs bureaux d'études. Et, in fine, maintenir leurs compétences. " Changer le lanceur est une fausse bonne idée. Ariane 5 peut aller au-delà de 2020-2025 ", estime Jean-Yves Le Gall qui partage cette stratégieavec le patron du Cnes, Yannick d'Escatha. Et de rappeler le succès d'Ariane 4 lancée avec succès144 fois. Deux logiques s'opposent sur le futur d'Ariane 5. Cette lutte devrait s'amplifier en 2007 avec la préparation de la réunion des "ministres de l'Espace" en 2008 qui décidera des grandes lignes de la politique spatiale européenne.Pour l'heure, Jean-Yves Le Gall attend de l'industrie, en particulier d'EADS, maître d'oeuvre industriel du lanceur européen, qu'elleconfirme la montée en puissance des livraisons d'Ariane 5. Arianespace table en 2007 sur six tirs d'Ariane 5 et trois Soyuz pour un chiffre d'affaires de l'ordre d'un milliard d'euros. " L'industrie doit accompagner la montée en cadence prévue dans le contrat " signé en 2004 pour trente lanceurs. À plus long terme, il prévoit dix lancements du port spatial guyanais en 2010 : sept Ariane 5, deux Soyuz qui a déjà quatre tirs prévus pour Kourou dans son carnet et, enfin, un Vega, le petit lanceur italien. Une montée en puissance qui renforcera la légitimité du modèle mis en place par Jean-Yves Le Gall.

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