Jeff Bewkes prépare un lifting à la mesure de Time Warner

Une nouvelle ère s'ouvre en 2008 pour Time Warner. Le géant américain des médias, auquel News Corp tente d'arracher le titre de numéro un mondial, a un nouveau patron. Dick Parsons a cédé hier son fauteuil de directeur général à Jeffrey Bewkes, le directeur opérationnel du groupe, mais conservera provisoirement la présidence du conseil d'administration. Les analystes de Wall Street en sont convaincus : Jeffrey Bewkes procédera à la vaste restructuration que son prédécesseur leur a toujours refusée.Jeff Bewkes a prévenu qu'aucune mesure radicale n'accompagnerait sa prise de fonction. Mais il n'a pas caché que, rapidement, toutes les options seraient ouvertes pour redresser le conglomérat et son cours de Bourse, qui se situe pratiquement au même niveau qu'en 2001 lors de la fusion à 124 milliards de dollars avec AOL. " Nous étudierons chaque initiative susceptible de renforcer notre avantage compétitif face à nos concurrents [...], qu'il s'agisse d'acquisitions ou de cessions ", a-t-il averti en novembre, juste après l'annonce de sa promotion.Sous sa direction, le groupe Time Warner - qui comprend le groupe Internet AOL, les studios Warner Bros, le numéro un de la presse magazine Time Inc., le deuxième câblo-opérateur américain Time Warner Cable et les chaînes CNN et HBO - changera donc, une fois de plus, de périmètre et de stratégie. " Avec un nouveau directeur général à la barre en 2008, la probabilité d'un démantèlement ou d'une vente d'activité d'ici douze à dix-huit mois a considérablement augmenté ", estime Jason Bazinet, analyste chez Citi, ajoutant que " parmi les options envisageables, une scission de Time Warner Cable (TWC) est la plus vraisemblable ". D'autant que Time Warner, qui a introduit sa filiale câble en Bourse en février, pourra céder sa participation restante de 84 % sans payer d'impôts à compter d'avril.LA BOURSE VEUT UN DESENGAGEMENT D'AOL Au troisième trimestre, le bénéfice du câble a chuté de 79 %, à 248 millions de dollars, en dépit de l'essor de la demande pour son offre " triple play " (Internet haut débit, téléphone et télévision). La filiale a du mal à intégrer les actifs repris l'an dernier à l'ex-numéro cinq du câble Adelphia, en faillite. De plus, TWC pâtit de la concurrence que lui livrent les opérateurs téléphoniques sur le segment de la télévision où il a perdu 83.000 abonnés au troisième trimestre.Wall Street table aussi sur la vente du pôle presse mais avant tout sur un désengagement, ne serait-ce que partiel, d'AOL. Jeff Bewkes, qui s'était ouvertement opposé à la fusion entre Time Warner et l'opérateur Internet, est le principal artisan du changement radical de stratégie opéré en 2006. Distancé par Google et Yahoo, AOL a alors annoncé l'abandon progressif de son modèle d'abonnement payant pour devenir un réseau gratuit financé par la publicité. Bien qu'AOL ait réalisé cette année pour 1 milliard de dollars d'acquisitions afin de dynamiser ses recettes - la dernière étant celle de la régie en ligne Quigo -, ce changement de cap n'a pas encore porté ses fruits. Dans un contexte publicitaire morose, son chiffre d'affaires a chuté de 38 %, à 1,2 milliard, au troisième trimestre.Bewkes prend les commandes d'un géant dont il connaît bien les forces et les faiblesses. Entré à HBO en 1979 alors que la télévision câblée faisait ses premiers pas, il devient directeur général de la chaîne en 1995. Sous son impulsion a été lancée la production de séries qui ont fait le succès de HBO dont Sex and the City et Les Sopranos. Il a supervisé ensuite l'ensemble des activités audiovisuelles de Time Warner.DES ALLIES AUX POSTES STRATEGIQUES Aujourd'hui, son défi est de faire décoller le cours de Bourse du groupe, ce à quoi n'est pas parvenu son prédécesseur. À défaut de satisfaire Wall Street, Dick Parsons, nommé directeur général en mai 2002 puis PDG un an plus tard, a permis au groupe de renouer avec les bénéfices et démêlé ses problèmes judiciaires après la tumultueuse fusion avec AOL et l'éclatement de la bulle Internet.Pour Jeff Bewkes, les années Parsons semblent révolues depuis plusieurs semaines. Sans attendre d'occuper sa nouvelle fonction, le nouveau " CEO " a placé des alliés aux postes stratégiques que sont la direction financière, le contrôle des comptes et les relations avec les investisseurs. Selon les médias américains, il ne se contentera pas de la direction générale. Alors que son nouveau contrat expire en 2012, il pourra démissionner dans un an s'il n'a pas alors pris la présidence du conseil d'administration.ParcoursJeffrey Bewkes, 55 ans, a grandi dans le New Jersey et le Connecticut avant d'intégrer Yale et de décrocher un MBA à Standford. Avant d'entamer sa fructueuse carrière dans les médias, Bewkes a dirigé les opérations du producteur de vin Sonoma Vineyards, en Californie, puis fut comptable chez Citibank à New York. Il rejoint HBO en 1979 dont il deviendra directeur général en 1995. Depuis décembre 2005, Bewkes était président et directeur opérationnel de l'ensemble du groupe Time Warner.

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