Alain Belda feint de croire qu'Alcoa peut continuer seul

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À quelques mois de son départ à la retraite, Alain Belda est confronté à un dernier défi : faire oublier aux marchés financiers que depuis trois ans son groupe ne s'imaginait aucun avenir tout seul. Lorsqu'il a lancé en mai 2007 une offre hostile de 27,7 milliards de dollars contre son frère ennemi Alcan, Alcoa avait dû révéler que les deux géants nord-américains de l'aluminium discutaient alors fusion " depuis deux ans ". Pour une raison principale : échapper à la convoitise des géants miniers comme BHP Billiton ou Rio Tinto, qui ne savent pas quoi faire de leurs faramineux bénéfices. Sans compter la concurrence de plus en plus menaçante des producteurs d'aluminium implantés dans les pays émergents. En 2007, Alcoa a déjà dû céder son titre de numéro un mondial au russe Rusal. Avant de devoir se contenter du 3e rang, lorsque Alcan a préféré se vendre, près de 40 % plus cher, à Rio Tinto.Aujourd'hui, Alain Belda tente une volte-face pour rassurer la Bourse sur la capacité de son groupe à se construire tout seul un avenir. Les marchés financiers s'étaient à l'automne consolés de l'avortement de la fusion avec Alcan par la perspective d'un raid d'un autre géant minier sur Alcoa. Ils ont fini par retirer cette prime spéculative. Le patron d'Alcoa a donc particulièrement soigné la publication de ses résultats annuels mercredi à Wall Street. Il n'a pas lésiné. " Record historique du chiffre d'affaires, à 30,7 milliards de dollars ", " deuxième annéerecord pour le bénéfice net ", à 2,6 milliards de dollars. Alors même que les cours de l'aluminium se sont essoufflés en 2007, les prix spots finissant l'année en recul de 3 % tandis que la plupart des autres métaux ont poursuivi leur flambée. Parallèlement, les coûts ont continué à exploser, notamment l'électricité qui représente un tiers du prix de revient du métal blanc. Et Alain Belda ne peut pas le dissimuler : le résultat net d'exploitation de sa division métal primaire, la plus importante du groupe, a chuté de 18 % sur l'année ; celui de la fabrication d'alumine (élément intermédiaire pour produire de l'aluminium) a baissé de 9 %.SOURIANTES PERSPECTIVES POUR 2008 Le patron brésilien d'Alcoa, qui aura 65 ans en juin, gomme ces difficultés opérationnelles dans ses comptes grâce à deux éléments exceptionnels. Une plus-value de cession de près de 2 milliards de dollars obtenus grâce à la vente en septembre de sa participation de 7 % au capital de son concurrent chinois Chalco . Et une autre de 323 millions de dollars, liée à la cession fin décembre de sa division emballage au groupe néo-zélandais Rank Group , pour 2,7 milliards de dollars. Cette opération permet en outre à Alain Belda de présenter un groupe plus rentable puisque cette activité, qui pesait 10 % du chiffre d'affaires d'Alcoa, ne contribuait qu'à hauteur de 3 % au résultat net.Enfin, le patron d'Alcoa a évidemment annoncé de souriantes perspectives pour son secteur en 2008 : une demande mondiale aussi soutenue qu'en 2007 (+ 10 %), des marchés finaux en bonne forme malgré les retards des nouveaux programmes d'avions et les difficultés du secteur automobile américain. Quant au prix de l'aluminium, " malgré la volatilité court terme ", il le voit à 2.700 dollars la tonne en 2010 (contre 2.500 environ actuellement).Cette présentation sera-t-elle suffisante pour convaincre les marchés ? Mi-août, lors de la nomination du dauphin d'Alain Belda, l'allemand Klaus Kleinfeld, ex-PDG de Siemens, un analyste américain soulignait : " La décision fondamentale que ce dernier doit prendre est de savoir s'il doit vendre ou construire le groupe." Pour ses derniers mois d'activité, Alain Belda paraît déterminé à miser sur la croissance interne. Il multiplie les programmes d'investissement, notamment dans les zones émergentes comme le Brésil, la Chine et la Russie. De quoi paraître encore plus attractif aux géants miniers quand les conditions de crédit leur redonneront des ailes ?ParcoursNé le 23 juin 1943 à Meknès (Maroc), de nationalité brésilienne, Alain Belda a fait ses études aux États-Unis. Après un passage chez BASF (1965-1969), il est entré comme comptable dans la filiale brésilienne d'Alcoa en 1969. Il a occupé de nombreuses fonctions au sein du géant américain de l'aluminium, dont la présidence des opérations en Amérique latine (1991-1994). Il est PDG depuis mai 1999 et préside le conseil d'administration depuis janvier 2001.

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