Olivier Marembaud, artisan de la révolution de Fret SNCF

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Faut-il y voir le signe d'une certaine résignation des personnels ? La grande manifestation d'hier à Paris contre la réforme des régimes spéciaux, à laquelle appelaient aussi les cheminots opposés à la restructuration du fret SNCF, n'a été qu'un demi-succès. Le patron de Fret SNCF, Olivier Marembaud , peut espérer y trouver une forme d'encouragement. Pour lui, il existe sur le terrain " un vrai désir de changer " , motivé notamment par l'arrivée de la concurrence. Afin d'expliquer directement à ses salariés tout l'enjeu de la profonde restructuration en cours, il leur a d'ailleurs envoyé début janvier un courrier. Après plusieurs échecs pour redresser cette activité - en 2006 les pertes courantes se sont encore élevées à 260 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 1,7 milliard - " le sauvetage du fret au sein de la SNCF appelle un nouveau projet industriel et de nouvelles conditions d'emploi ", peut-on y lire.RETOUR A L'EQUILIBRE EN 2010Mais le plus dur reste à faire cette année, pour faire émerger " fin 2008 un Fret SNCF profondément différent ", estime Olivier Marembaud, très soutenu par la présidente de la SNCF, Anne-Marie Idrac. De fait, son programme d'action, présenté en mars 2007, et qui table sur un retour à l'équilibre en 2010, comportait deux étapes. D'abord, une transformation du modèle de production en le concentrant sur les trafics les plus rentables et une amélioration de la qualité du service. C'est ce qui a commencé à être accompli l'an dernier. Alors que les clients se plaignaient de la façon dont étaient traitées leurs marchandises, " il fallait prouver en premier lieu que nous pouvions faire mieux en termes de qualité ", explique cet homme à l'allure modeste, rompu pourtant aux situations complexes - il a été l'artisan de la création de Keolis et a accompagné la vente de la filiale Frantour au groupe Accor.Les résultats commenceraient à porter leurs fruits. Dans un contexte porteur pour le fret ferroviaire, Fret SNCF a légèrement réduit sa perte en 2007, pour un chiffre d'affaires égal (les données exactes n'ont pas encore été dévoilées) malgré les 75 millions d'euros de manque à gagner liés aux grèves d'octobre et de novembre. Sans les grèves, le chiffre d'affaires aurait progressé de 4 % et les pertes courantes auraient été de 200 millions d'euros.Aujourd'hui, il est temps de passer à la deuxième phase : la modification des conditions de travail. Un sujet délicat, dans un contexte social marqué par la réforme des retraites et le service minimum. Objectif : créer d'ici à fin octobre une " famille fret " intégrant du personnel et des moyens dédiés, tout en réduisant la fragmentation des tâches pour arriver à plus de polyvalence. Pour alléger la structure, un niveau hiérarchique sera supprimé et une organisation simplifiée instaurée. " De bonnes idées, salue un grand connaisseur du fret. Mais réussiront-elles à se traduire dans les faits ? " Pur produit de la culture cheminote - il est entré à la SNCF en 1977 - Olivier Marembaud n'ignore pas les lourdeurs de cette vénérable entreprise. Plutôt que les grands-messes il sait qu'il peut mieux progresser en mobilisant la base.Pour le moment, les organisations syndicales, dans leur majorité, ont boycotté en janvier les réunions de négociations liées à cette " intégration industrielle ". Elles voient dans cette transformation de Fret SNCF en une entreprise concurrentielle les prémices d'une filialisation. Et redoutent les conséquences sur l'emploi. Si, d'après le budget 2008, 1.500 postes seront supprimés au total à la SNCF, notamment dans le fret, les syndicats pensent que 6.000 à 7.000 emplois sont à terme menacés, sur un effectif de 20.000." Nous finirons bien par venir à la table des négociations ", indique cependant un syndicaliste. Mais il faudra attendre que deux échéances importantes soient passées. Les syndicats doivent rencontrer avant la fin janvier Dominique Bussereau, le secrétaire d'État aux Transports, sur le fret. " Cette réunion permettra de repartir sur de nouvelles bases ", estime un expert. Par ailleurs, les élections des représentants des salariés au conseil d'administration de la SNCF se tiendront le 5 février.UN SYSTEME D'INTERESSEMENTAprès, il faudra aller vite, une table ronde conclusive étant prévue pour fin mars. " Notre volonté est d'ouvrir le débat et nous allons mettre beaucoup de choses sur la table ", assure l'ancien directeur de cabinet de Louis Gallois. " C'est l'occasion de parler des métiers et d'étudier les dispositifs de partage de résultat ", poursuit-il. En clair, Olivier Marembaud réfléchit à un système d'intéressement pour motiver ses troupes, à côté des augmentations de salaire proposées.ParcoursNé à Bourg-en-Bresse en 1952, Olivier Marembaud est diplômé de l'École des mines de Nancy. Il entre en 1977 à la SNCF comme directeur d'établissement d'exploitation. En 1996-1997, il occupe le poste de directeur de cabinet du président Louis Gallois. Puis devient PDG de la filiale Frantour (1997-1999). En 2000-2005 il est nommé PDG de Keolis. En décembre 2006 il devient directeur général délégué de Fret SNCF.

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