Pinault sommé de s'expliquer sur Suez

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Que va faire François Pinault ? Après l'ultimatum de l'Autorité des marchés financiers, tous les proches et les moins proches du dossier Suez-Gaz de France se perdent en conjectures. " Pour moi, il a été bien imprudent et s'est laissé piéger ", assure un observateur. " La fusion entre Suez et Gaz de France est morte. François Pinault en a tiré la leçon. Les métiers de l'environnement l'intéressent. Mais a-t-il les moyens d'aller jusqu'au bout ? " s'interroge de son côté Colette Neuville, la présidente de l'Adam.Jouant l'esquive, l'homme d'affaires a jusqu'alors déclaré qu'il étudiait toutes les options pour Suez. Mais il lui faut désormais aller plus loin, lancer une offre sur le groupe d'ici le 2 février, comme le prévoit la réglementation boursière, sous peine d'être contraint au silence pendant six mois. Une mesure avec laquelle François Pinault est en complet désaccord. " Tout est parti d'une rumeur de presse. Artémis n'aurait pas dû entrer dans le champ d'application de la nouvelle loi boursière sur les rumeurs. On n'a pas soumis l'Enel à la même mesure ", insiste une porte-parole du groupe. L'homme d'affaires voit dans cette mesure " une décision politique ".ENVIRONNEMENT MODIFIELa demande des autorités boursières modifie radicalement l'environnement de l'opération dans laquelle François Pinault comptait s'inscrire. D'amicale ou supposée telle, elle devient hostile. Pour les milieux bancaires, cela change tout. Même si les liquidités ne manquent pas, tous vont demander des garanties bien plus élevées que prévu. D'autant que François Pinault a des moyens limités à mettre dans cette affaire. Artémis, le holding de tête du groupe PPR, a un actif estimé entre 1,5 et 2 milliards d'euros. C'est peu pour lancer une offre de 60 à 70 milliards d'euros.En face, l'homme d'affaires n'a guère d'arguments à avancer pour rassurer d'éventuels investisseurs. L'intervention de Jacques Chirac la semaine dernière en faveur de la fusion Suez-Gaz de France a démontré que, malgré ses amitiés, il n'avait pas le soutien de l'État dans ce montage. Ce refus des pouvoirs publics est lourd de conséquences. D'un seul coup, le scénario de reprise du pôle énergétique par Gaz de France, que François Pinault a défendu ces dernières semaines auprès de multiples interlocuteurs politiques, s'écroule. L'État n'est pas prêt à s'engager dans une opération de démantèlement de Suez. Même si cela aurait permis, comme l'a avancé l'ancien président de PPR auprès d'hommes politiques, de renforcer Gaz de France sans le privatiser.Les schémas alternatifs pour la reprise des actifs énergétiques de Suez ne sont guère plus faciles à conduire. L'italien Enel, présenté longtemps comme un attaquant possible, a annoncé publiquement qu'il ne soutiendrait qu'une opération amicale. De façon plus discrète, l'allemand RWE, affiché également comme un candidat potentiel, a fait savoir auprès des pouvoirs publics, selon nos informations, qu'il ne mènerait aucune opération hostile.Une condition que ne peut pas remplir, pour l'instant, François Pinault. Alors que les dernières rumeurs autour de Suez inquiètent de plus en plus le gouvernement belge qui menace d'intervenir à son tour dans le dossier, le conseil du groupe n'a donné aucun signe d'intérêt à une offre éventuelle de l'homme d'affaires. Plus gênant encore, Albert Frère, le premier actionnaire du groupe jusqu'alors assez discret, a souligné la semaine dernière tout l'intérêt qu'il portait à la fusion avec Gaz de France. Et pour bien montrer sa détermination à garder la haute main sur le dossier, le financier belge qui a déjà augmenté sa participation à 9,1 % le 5 janvier, s'apprêterait, selon nos informations, à l'accroître à nouveau pour la porter à 10 %. Ce qui lui donnerait plus de 15 % des droits de vote dans Suez et une position incontournable, quelle que soit l'évolution du dossier." UN AFFECTIF"La situation de François Pinault risque de s'en trouver encore plus inconfortable. " Rien n'est assuré dans ce dossier. François Pinault est un affectif. Il aime se retrouver au centre des affaires. Et il a été blessé de voir mis en doute ses capacités financières à mener une offre sur Suez. Jusqu'au dernier moment, il va s'agiter et remuer ciel et terre pour monter une solution. Mais il n'est pas sûr qu'il la trouve ", pronostique un proche du dossier qui le connaît bien.

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