L'usine Airbus de Méaulte dans l'attente d'un repreneur

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Ce samedi 30 juin, Méaulte, dans la Somme, vient d'inaugurer son aéroport et, à l'heure du cocktail, Louis Gallois, PDG d'Airbus, et Didier Bonnin, le directeur de l'usine Airbus de Méaulte, font leur possible pour rassurer ceux qui les interpellent sur l'avenir du site (1.300 salariés). Celui-ci doit être vendu. Latécoère est sur les rangs, pour en prendre à terme le contrôle.Selon Didier Bonnin, Airbus ne pourra se passer de l'usine de Méaulte, la seule du groupe en Europe à fabriquer les pointes avant. " Je n'ai jamais vu voler un avion sans pointe avant ! " répète le directeur, un gad'zart - ingénieur Arts et Métiers - arrivé à Méaulte le 20 novembre 2003 pour la livraison de la première pointe avant de l'A380. Comme Louis Gallois, il a été un peu agacé par les " menaces " du président de la région Picardie, Claude Gewerc (PS), lors de l'inauguration de l'aéroport. Cofinanceur de l'infrastructure dotée désormais d'une piste pour le Beluga, l'avion-cargo affecté au transport des pièces d'une usine à l'autre, ce dernier est monté au créneau en déclarant à la tribune officielle qu'il réclamerait " une part des investissements de la région si les engagements d'Airbus n'étaient pas tenus " vis-à-vis de Méaulte. Ces propos ont terni la fête. " C'était prévu ", tempère Didier Bonnin. Son souci est ailleurs : comment réussir à faire asseoir le syndicat majoritaire FO à la table des négociations en vue de la cession du site.PARTENARIATS A RISQUEÀ Méaulte comme dans l'ensemble de la maison Airbus France, le syndicat est incontournable : FO représente 53 % des syndiqués. Déjà passé par Méaulte en tant que directeur de production, Didier Bonnin entretient de bonnes relations avec le délégué FO. Les deux hommes se connaissent bien et ont l'habitude de plaisanter ensemble. " Tu n'es pas censé raconter des c... ! " lance le directeur à Claude Cliquet, délégué FO de l'usine de Méaulte. Ce dernier ne change pas de ligne : " Il n'est pas question que nous nous mettions autour d'une table pour organiser la vente du site ! Louis Gallois veut faire ce qu'ont fait Renault et Boeing : transformer les sites d'Airbus en sous-traitants. "Souriant, en apparence détendu, Didier Bonnin profite du moment de fête pour discuter de façon informelle avec une poignée de syndicalistes FO, ce qui fait sourire leur chef : " Il est en train de les travailler au corps ! " Claude Cliquet n'est pas fâché de jouer les empêcheurs de tourner en rond, même s'il sait qu'au nom des responsabilités, il sera amené à discuter. " FO, c'est particulier. C'est une réaction affective ", affirme Didier Bonnin. Dès lors, comment convaincre avec les arguments officiels ce que Louis Gallois est venu répéter le 27 juin aux salariés ? Didier Bonnin fait de la pédagogie. Il explique qu'Airbus est obligé, comme Boeing, de faire des partenariats à risque. : " Boeing ne supporte que 30 % des coûts de recherche et développement de ses avions. "NEGOCIATION EXCLUSIVE EN AOUTLe besoin de financement des sites de Méaulte, Filton (GB) et Nordenham (Allemagne) en matière de composites est évalué à 600 millions d'euros. Lorsque FO attaque Airbus sur le fait que l'investissement dans les composites ne représente qu'une miette des ventes réalisées au Bourget, il garde son calme pour expliquer la différence entre chiffre d'affaires et bénéfices. Dialoguer pour rassurer, c'est la mission de Didier Bonnin, l'épreuve de force n'est pas le genre de la maison. Mais le temps presse. Le 1er août devrait s'engager la négociation exclusive avec le partenaire choisi, et l'on parle d'un CCE (comité centrale d'entreprise) en septembre. Didier Bonnin pourrait rester en tant que directeur général de la future entité, une fois la cession réalisée. L'intéressé ne cache pas qu'il " se trouve très bien en Picardie ".

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