Hubert Janvier : "Si Paris ne rend pas Vélib compatible avec la banlieue, il faudra dire pourquoi"

Comment se fait-il que le vélo en libre-service, élément accessoire des contrats entre afficheurs et municipalités, soit devenu un sujet central ?Nous avons inventé le service du vélo en libre-service en 1998, et partout où il s'est implanté à l'étranger, c'est avec Clear Channel. Avec le contrat de Paris, les Français ont découvert que le vélo permet à un afficheur d'être au service de la collectivité. Mais il ne faudrait pas croire que c'est un service sans coût. Ici, la Ville de Paris a choisi un contrat où le vélo était lié au contrat de mobilier urbain, et le coût du service, ce sont des recettes de publicité en moins. En outre, il est prévu que, si le service vélo est satisfaisant, la Ville de Paris verse une prime représentant 12 % du chiffre d'affaires publicitaire. Il y a d'autres modèles où le service de vélo n'est pas lié au contrat d'affichage. C'est le cas àBarcelone où nous le facturons à la ville 1.500 euros par vélo et par an, mais la ville perçoit, par ailleurs, 18 millions d'euros de recettesd'affichage.Quel modèle serait le plus adapté ?Nous considérons que le vélo est un service à part entière. L'enjeu est de définir le service de vélo en fonction des besoins des consommateurs, pas de la quantité d'affichage proposée. Mais c'est aux villes de choisir leur modèle. Nous ne sommes pas opposés au système vélo contre affichage comme le montrent les contrats gagnés en 2007 avec les villes de Dijon ou Perpignan.Vous avez réussi à faire bloquer l'extension de Vélib à la banlieue de Paris. Vous oubliez donc l'intérêt du consommateur francilien ?Au contraire. Car le consommateur est aussi un contribuable. Le marché du mobilier urbain doit rester concurrentiel en Île-de-France. Et se pose la question de l'interopérabilité, qui devrait permettre une compatibilité tarifaire, voire physique, entre Vélib et un autre système. Si la Ville de Paris ne parvient pas à faire cette interopérabilité, alors qu'elle détient les droits de propriété intellectuelle et de propriété industrielle de Vélib, il faudra nous expliquer pourquoi. Une discussion s'est engagée entre toutes les parties prenantes (villes, conseils généraux, Stif, etc.). Notre objectif n'est pas de maintenir notre plainte au Conseil de la concurrence. Nous sommes tout simplement pour des règles claires et respectées. Quand Clear Channel est arrivé en France, toutes les villes fonctionnaient par des avenants aux contrats existants. Désormais, les appels d'offres se banalisent, et nous avons pris depuis 32 % du marché français. Nous sommes les garants de la concurrence en France, c'est notre ADN. C'est cette concurrence qui a poussé les afficheurs à innover. Si la Ville de Paris a le Vélib aujourd'hui, c'est grâce à Clear Channel !Que pensez-vous du projet de règlement plus restrictif pour l'affichage à Paris ?Je ne vais pas faire procès d'intention alors que ce projet est aujourd'hui enterré. Nous verrons bien. Une chose est sûre, moins il y a d'alternatives au contrat de mobilier urbain, plus la valeur de celui-ci est élevée...Vous êtes à la tête de Clear Channel France depuis neuf mois, quelle est votre stratégie ?J'ai été nommé en avril 2007 pour reprendre en mains et remobiliser les équipes de Clear Channel France qui venait de perdre le contrat de Paris. Je suis arrivé avec un vrai projet de développement de performance de l'entreprise avec trois principaux enjeux. D'abord, la place de l'affichage dans un monde des médias en pleine mutation. Nous sommes au bout des années télé, un média qui n'a cessé de se fragmenter avec l'arrivée des chaînes thématiques et l'émergence de nouveaux médias. L'affichage est au contraire très concentré et sa place doit croître. Car notre concurrent n'est pas JCDecaux, mais l'ensemble des médias. Il y a aussi un enjeu sociétal, notamment en termes de développement. Enfin, il faut relever le défi technologique, car il faut trouver le modèle économique pour que ces nouvelles technologies qui permettent interactivité et immédiateté profitent à l'annonceur et au consommateur. L'interactivité, tout le monde en fait, mais personne ne gagne de l'argent avec.Quelles sont vos perspectives dans les nouvelles technologies ?Nous sommes le seul afficheur à commercialiser en France une gamme de produits numériques. Dans les centres commerciaux Unibail, nos écrans plasma sont rentables. La solution numérique petit à petit s'installe mais pour se transformer en succès, le numérique doit apporter une vraie valeur ajoutée. Par exemple aux États-Unis, un panneau numérique bien placé multiplie par dix le chiffre d'affaires de l'emplacement. Mais il va falloir dix ans pour que le numérique devienne substantiel dans nos comptes.Quel bilan tirez-vous de 2007 ?On prédisait une année catastrophique avec l'ouverture de la publicité télévisée à la grande distribution et, au final, nous terminonsen légère croissance. Sans les deux mois des élections présidentielles, 2007 aurait été une excellenteannée.Comment se présente 2008 et quelles seraient les conséquences de la perte du contrat France Rail Publicité ?L'année commence doucement mais nous sommes confiants pour faire un peu mieux que 2007. Il existe des opportunités de croissance qui ne sont pas encore bien exploitées par Clear Channel en France. Nous allons notamment renforcer nos équipes en région. Quant au contrat France Rail en cours de renouvellement, nous pensons que notre offre et la plus performante et la plus crédible. Il est vrai que ce contrat est très important, car il représente 15 % de notre chiffre d'affaires.De plus en plus d'annonceurs souhaitent intensifier leur présence publicitaire jusque dans les magasins. La grande distribution y voit une opportunité. Et vous ?En 2001, nous avons obtenu la gestion de la publicité sur l'ensemble des sites européens du groupe Carrefour. Nous avons pu prouver, pour la première fois dans l'histoire de notre métier, l'impact direct d'une campagne d'affichage. Nous avons démontré qu'en moyenne, les ventes d'un produit progressaient de 18 % lorsqu'elles étaient appuyées par une campagne d'affichage sur le point de vente. Nous avons poursuivi notre développement avec ce produit en signant des accords avec Rodamco, Unibail et Hammerson. La publicité sur le point de vente est pour nous un axe de développement stratégique.Avez-vous des contacts avec d'autres groupes ?Je ne peux pas parler aujourd'hui de contacts que nous aurions avec quiconque. Pour nous, la publicité sur le point de vente ne se limite pas à l'affichage traditionnel. Nous utilisons déjà la vidéo avec Unibail. Mais il est très difficile de passer la ligne de caisse. Les distributeurs considèrent qu'ils sont chez eux. On arrive là à la frontièreentre deux mondes. Le mondede l'achat et celui de la communication.Philippe Baudillon, nouveau dG de clear ChannelUn nouveau directeur général est nommé aujourd'hui à Clear Channel France. Philippe Baudillon, qui a démissionné de la direction générale de France Télévisions le mois dernier, va devoir piloter l'afficheur dans l'Hexagone. " Sa très forte expérience et sa connaissance du monde des médias et de ses évolutions actuelles seront un atout de poids ", justifie Hubert Janvier. Énarque, Philippe Baudillon avait été directeur de la candidature de Paris aux jeux Olympiques de 2012.

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