Les occasions manquées du pionnier de la nouvelle économie

L'histoire est cruelle. Le succès de Google a ringardisé Yahoo au point de faire oublier combien ce pionnier d'Internet avait montré la voie. Si le double " o " s'est imposé dans les marques de la nouvelleéconomie à la fin des années 90,de Wanadoo à Kelkoo en passant Google, c'est que Yahoo en avait fait l'étendard.Le premier annuaire mondial du Web est né en 1995 sur le campus de l'université de Stanford. Les deux étudiants Jerry Yang et David Filo ont créé leur société avant que les milliards de la bulle ne boursouflent la Net-économie. L'affaire affiche de vrais bénéfices dès le dixième mois. La Bourse est sur une autre planète lorsqu'elle valorise Yahoo 1 milliard de dollars lors de son introduction en 1996. Mais Tim Koogle, que les fondateurs ont recruté pour être le patron opérationnel, garde la tête froide. Premier média de l'ère numérique, Yahoo crée le modèle derrière lequel tout le monde court encore en 2008 : le portail agrège des contenus et des services qui génèrent une audience suffisamment dynamique pour capter une part croissante du marché publicitaire. D'ailleurs, Yahoo voit d'un bon oeil la naissance de Google, qui pourrait trouver une place dans la galaxie des services du portail. Yahoo apporte 10 millions de dollars à Google, contre un ticket de 5 % et une option pour monter au capital. Terry Semel, qui devient en 2001 le nouveau PDG du portail, décide d'y investir lui-même. " Yahoo n'avait alors qu'un petit geste à faire pour racheter Google ", regrette un protagoniste.SUPPRESSIONS DE POSTESMalgré les centaines de millions de dollars investis, Yahoo Search pèse aujourd'hui quatre fois moins que son rival dans la recherche sur la Toile. Mais qui en 2002 pouvait prédire le parcours de Google ? Terry Semel ne manque pourtant pas de nez, quand il rachète en 2003 une pépite, Overture, à l'origine d'une technologie innovante qui permet de faire de la publicité en fonction des mots clés. Mais Yahoo intègre Overture comme un outil complémentaire à son offre quand Google fait du " lien sponsorisé " le coeur de sa stratégie de conquête.La semaine dernière, Yahoo annonçait 1.000 suppressions de postes dans le monde (7 % de ses effectifs). Terry Semel, remplacé en juin par Jerry Yang rappelé à la rescousse, a abandonné son poste de président non exécutif le 31 janvier 2008. Quelques heures avant l'offre de Microsoft.Google devra défendre son avanceDans l'immédiat, l'annonce de la possible union de Microsoft et de Yahoo ne devrait pas empêcher les cofondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page, de dormir, estimait samedi un analyste new-yorkais, cité par Bloomberg. Dès le 8 février, la commission des Affaires judiciaires du Congrès américain organise une audition pour évaluer les conséquences de l'opération en termes de concurrence sur Internet. Dans un premier temps, l'écrasante domination de Google, comme premier moteur de recherche au monde, et sa part du marché publicitaire en ligne, évaluée à plus de 30 % (contre 15 % pour Yahoo) ne risquent pas d'être entamées. Si l'action Google a reculé de 8 % vendredi, c'est d'abord du fait de résultats jugés un peu décevants. De l'aveu de Sergey Brin, les partenariats, noués par Google avec des réseaux communautaires comme MySpace pour distribuer chez eux des liens publicitaires sponsorisés, n'ont pas tenu toutes leurs promesses. Pour Google aujourd'hui, la vraie concurrence vient moins d'un portail comme Yahoo, que de réseaux comme Facebook, où Microsoft a pris place dans le capital.Le prochain défi que s'est fixé Google est celui de l'Internet mobile. Il a lancé un système d'exploitation pour téléphone mobile et s'est positionné sur des fréquences pour devenir opérateur de télécommunications. Là encore, il trouve sur sa route Microsoft, et son système Windows Mobile, et Yahoo avec son portail Yahoo Go. C'est sur ces nouveaux terrains que Google pourrait avoir à redouter les deux groupes alliés.

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