L'industrie russe de défense repart à la conquête des marchés internationaux

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La structure des exportations russes reprend rapidement la forme qu'elles avaient du temps de l'URSS. Les hydrocarbures d'abord, les armes pas loin derrière. Mais dorénavant, les armes sont vendues au prix du marché, sans rabais pour les " pays frères ". Après l'effondrement des années 1990 - les exportations étaient tombées à un plancher de 2,6 milliards de dollars -, les ventes augmentent régulièrement au rythme de presque 1 milliard de dollars par an. Pour l'instant, le chiffre cité par le monopole des exportations de matériel militaire RosTekhnologui (ex-RosOboronExport) correspond à 6,1 milliards de dollars pour 2007, contre 5,3 l'année précédente. Le chiffre définitif devrait être donné par Vladimir Poutine à l'occasion d'un discours devant la Commission pour la coopération militaro-technique, prévu pour la fin février. Selon diverses sources au sein du complexe militaro-industriel russe, le total devrait être bien plus élevé, aux alentours de 7,5 milliards de dollars (4,7 milliards d'euros).Le coup de pouce imprévu est venu du Venezuela avec la commande d'Hugo Chavez au groupe russe OAO RosVertol, pour son tout nouvel hélicoptère Mi-28H (baptisé " chasseur nocturne "). Hormis cette commande, l'appareil a fait des essais en Algérie, qui serait sur le point de se laisser tenter. Mais la principale explication aux exportations record est à chercher dans le redémarrage des livraisons massives de l'avion de chasse Sukhoï 30 MK, explique Konstantin Makienko, expert au Centre d'analyse stratégique et technologique. Cinquante-deux appareils au total ont été livrés l'an passé, selon une source gouvernementale. L'Inde a une nouvelle fois été le premier client, avec 16 chasseurs plus 8 Su-330 MKI livrés sous formes de pièces détachées pour être assemblés sur place sous licence. Le Venezuela a reçu 12 Su-30 MK2V, la Malaisie a choisi 10 SU-30 MKM. Enfin, l'Algérie a pris réception de 6 Su-30 MKA.SUR LES PLATES-BANDES AMERICAINESLa domination de Sukhoï n'est pas nouvelle. Les exportations russes restent dominées par l'aéronautique (61 % des ventes). En revanche, fait plus inhabituel, la deuxième place (21 %) est revenue au matériel destiné à l'infanterie avec la livraison de 347 tanks T-90C et 14 systèmes Smertch, le successeur des orgues de Staline, à l'Inde pour un prix de 1,5 milliard de dollars. Viennent ensuite les équipements de défense antiaérienne (10 %) et la construction navale avec 8 %. Toutefois, ces deux segments étant particulièrement opaques, il est possible que leurs ventes soient supérieures.Sans surprise, les commandes prises en 2007 ressemblent aux livraisons. Le marché chinois regorgeant de Sukhoï, c'est l'Inde qui a pris le relais, notamment pour rééquilibrer ses forces avec Pékin. New Delhi devrait pendant quelques années encore rester le principal client de Moscou en matière d'armement, grâce à la commande de 58 Su-30MKI. Fidèle acheteur d'armes russes depuis des décennies, New Delhi a toutefois brutalement déchanté au vu de la note présentée l'an dernier par Moscou pour la modernisation du porte-avions Admiral Gorchkov. Elle s'était alourdie de 1 milliard de dollars. Prévue pour cette année, la livraison du navire, signée en 2004 pour 700 millions de dollars, a en outre été retardée à 2011-2012. L'affaire a fait scandale, et l'Inde a menacé de revoir sa coopération militaire avec la Russie. Malgré tout, un groupe d'experts cité par le quotidien Times of India, voit la Russie garder sa position de leader encore quelques années sur le marché indien.Moscou soigne aussi ses nouveaux clients comme l'Indonésie, qui a passé une commande plus modeste de 3 Su-27 et 3 Su-MK2. La Syrie, elle, aurait commandé 5 chasseurs MiG-31E, soit la première commande étrangère pour cet appareil. Les ambitions russes vont beaucoup plus loin, sur des terres jusqu'ici réservées aux États-Unis, comme l'Arabie Saoudite. Et Paris rencontre de nouveau la concurrence russe sur les marchés libyen, algérien et marocain. Le contrat passé entre Alger et Moscou sur la livraison de 28 MiG-29 monoplaces et 6 MiG-29 deux places en 2006, pour une valeur totale de 8 milliards de dollars, a fait grand bruit au Maghreb. Toutefois, des différends sont apparus et le contrat n'a été rempli qu'à moitié, " en raison de conflits entre les clans profrançais, proaméricain et prorusses à Alger ", selon l'expert russe Rouslan Poukhov." Sept milliards de dollars d'exportations constituent un plateau sur lequel la Russie devrait se maintenir trois ou quatre ans, poursuit l'expert. Mais ensuite, tout peut s'effondrer. " Très largement soviétique, le catalogue des armes russes n'a toujours pas effectué son changement de régime.

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